mercredi 14 novembre 2007

Radio Floride Propos d'actualité en direct ou par Internet

En direct: du lundi au vendredi, après 8h05, au 980 AM

Internet: radiofloride.com

Les ratés du parcours Mulroney

Le rat est un animal à l’esprit grégaire qui s’adapte facilement à son milieu. En liberté, il est une véritable peste, allant jusqu’à propager cette maladie. En captivité, il devient un précieux partenaire dans la recherche médicale en laboratoire, mais c’est là l’exception.

Il vaut mieux savoir quelle espèce de rat se présente à soi avant d’entreprendre une relation avec lui. Car, le rat le plus courant, lorsqu’il se sent coincé et que sa peau est menacée, préfère attaquer son partenaire devenu adversaire, même au risque d’y laisser sa peau.

Et on sait qu’en affaire, les rats pullulent. Ratoureux, comme il se doit, ils sont à la fois généreux et gourmands, et, surtout, vindicatifs, quand leur appétit n’est pas assouvi. Besoin d’un coup de pouce pour se sortir d’une passe momentanément difficile? Le rat affiche présent et n’attend que le prochain tournant pour réclamer le retour d’ascenseur qu’il estime être maintenant son dû.

Brian Mulroney a-t-il accepté de frayer en compagnie de Karlheinz Schreiber, homme d’affaires germano-canadien? Si oui, aurait-il accepté de celui-ci certaines sommes d’argent pour lui faciliter le travail à titre d’entremetteur ou d’investisseur?

Si ce fut le cas avant que M. Mulroney quitte le 24 Sussex Drive à Ottawa, il n’en pipe mot dans ses mémoires. Pourtant, en plus de 1200 pages, il aurait eu tout le loisir de le faire.

Une bourde de la Gendarmerie royale du Canada, qui avait laissé entendre que M. Mulroney avait été gratifié, par M. Schreiber, de généreux pot-de-vin dans l’affaire de l’achat d’avions de la firme Airbus par la compagnie Air Canada, a valu à l’ex-premier ministre une compensation de 2,1 millions $.

Un livre publié par deux journalistes de Toronto, au milieu des années 90, avait aussi tenté d’établir des liens d’argent entre MM. Mulroney et Schreiber.

Pendant l’épisode GRC, poursuites et règlement, Karlheinz Schreiber est demeuré coi en évitant de soulever quelque vague que ce soit.

Mais voilà que dans son édition du 30 octobre, le quotidien « The Globe and Mail » soutient que M. Mulroney a reçu, en 1993 et 1994, 300 K $ en argent comptant de l’homme d’affaires sans verser d’impôt sur ces revenus. Il l’a fait plus tard en soumettant une divulgation volontaire à cet effet, ce qui est légal.

Assaut

Autre hic : Karlheinz Schreiber, détenu dans une prison de Toronto et sur le point d’être déporté en Allemagne pour des affaires de fraude et d’évasion fiscale, poursuit M. Mulroney pour récupérer ses 300 K $ et a déclaré, dans un document de 87 pages, soumis au tribunal, qu’il a remis une lettre à M. Mulroney à l’intention du premier ministre Stephen Harper. Le rat attaque.

M. Harper a confirmé la visite de M. Mulroney à sa résidence d’été mais a nié avoir pris connaissance de la lettre mentionnée par M. Schreiber.

Lui-même compromis par les propos de l’homme d’affaires, M. Harper, talonné par l’opposition depuis deux semaines, décide, le 8 novembre, de nommer un enquêteur indépendant pour faire la lumière sur cette histoire et rompt, dit-il, tout lien avec Brian Mulroney et en demande autant aux membres de son gouvernement.

Sauf que, M. Mulroney n’est pas du genre à attendre patiemment que les nuages viennent se déverser en trombes sur lui. Il monte au créneau à son tour, par la voie de son fidèle et indéfectible porte-parole, Luc Lavoie, également vice-président de Quebecor, pour réclamer la tenue d’une enquête indépendante et publique. Le gouvernement Harper s’est rendu à cette requête.

Et qu’adviendra-t-il de l’homme d’affaires en question si, comme prévu, il est déporté en Allemagne et que son témoignage est requis plus tard en cours d’enquête? Et combien coûtera toute cette saga aux contribuables canadiens qui ont déjà déboursé plus de deux millions $? Plus les frais d’enquête de la police, plus les frais juridiques, plus le temps des fonctionnaires, plus…

Si l’enquête n’y parvient-pas, Brian Mulroney nous révèlera-t-il le fin fond de cette histoire dans le second tome de ses mémoires?

Marche seul et sois fier; plein de morgue, relève
Ta tête altière, et fuis les contacts infamants;
Ne choisis pour sentier que celui de ton rêve.


Albert Dreux (Le mauvais passant)

lundi 12 novembre 2007

Amérique latine Bête noire assise sur or noir


Hugo Chávez est actif sur tous les fronts en ce moment : il pilote une mouvementée réforme de la constitution de son pays, il mène des tractations en vue de la libération des otages détenus par les FARC en Colombie, il tente de mettre sur pied une organisation des pays sud-américains producteurs de pétrole en vue d’aider les pays consommateurs, il poursuit sont entreprise diplomatique pour contrer l’influence des États-Unis en Amérique du sud, les Caraïbes et les Antilles et, impardonnable faute aux yeux de l’aigle américain, il fréquente assidûment le président cubain Fidel Castro.

Les étudiants de Caracas multiplient les manifestations contre les amendements à la constitution soumises à un vote référendaire prévu pour le 2 décembre. Des incidents sont survenus la semaine dernière alors que des « partisans » réformistes se sont attaqués aux étudiants qui regagnaient leurs quartiers universitaires. Sitôt, le vice-recteur de l’institution a accusé les alliés du président Chávez d’intimidation à l’endroit des manifestants.

Avouons que le président n’a guère redoré son blason en répliquant qu’il n’allait pas laisser quelques privilégiés élevés la cuiller d’argent à la bouche bousiller sa réforme constitutionnelle. En manifestant comme ils le font, les étudiants ont rejoint le camp des partis d’opposition et du général à la retraite et ex-ministre de la Défense, Raúl Baduel, qui qualifient d’entreprise dictatoriale la réforme Chávez.

Mais, aux dires même des analystes, l’opposition est trop faible pour contrer le mouvement d’appui aux amendements constitutionnels approuvés par l’assemblée nationale la semaine dernière. Au nombre de ces amendements : levée de la limite du mandat présidentiel, règles plus complexes en vue d’entreprendre une procédure de destitution à l’endroit du président, création de provinces sous la responsabilité de l’état fédéral et contrôle gouvernemental de la banque centrale.

Les opposants, groupes de défense des droits de la personne, clergé catholique et dirigeants d’entreprises, notamment, affirment que ces amendements accordent trop de pouvoir à Chávez et menacent les libertés individuelles, alors que le président qualifie cette réforme de « socialisme du 21ème siècle ».

Colombie

Si la situation intérieure du Venezuela est accaparante pour Hugo Chávez, ceci ne l’empêche pas de poursuivre les négociations entreprises il y a quelques mois en vue de résoudre la crise des otages en Colombie. En contact avec le président Alvaro Uribe et des pays comme la France, préoccupée par le sort d’Ingrid Bétancourt, Chávez a rencontré, le 7 novembre, un représentant des Forces armée révolutionnaires de la Colombie (FARC).

Chávez devrait s’entretenir sous peu avec le commandant des FARC, Manuel Marulanda, pour mettre au point un échange humanitaire : les otages, dont Mme Bétancourt et trois Américains, contre 500 guérilleros emprisonnés par le gouvernement colombien.

Pétrole

Le sommet ibéro-américain qui s’est terminé le samedi 10 novembre à Santiago du Chili a donné à Chávez l’occasion d’inviter le Brésil à se joindre à un nouveau cercle pétrolier : Pétroamericas. Ce cartel prendrait la relève des projets en cours : Petrosur, Petrocaribe et Petroandina.

Cette invitation vient à point nommé. L’entreprise étatique chilienne d’exploration pétrolière vient de découvrir un gisement d’une capacité potentielle de huit milliards de barils qui pourra atteindre sa pleine production vers 2013.Il s’agit d’une nouvelle importante pour le gouvernement de Luis Ignacio da Silva, Lula, qui peine à placer sur les rails de la prospérité un pays riche en ressources de toute nature.

L’appel du président Vénézuélien vise à affaiblir l’influence des États-Unis sur les pays de l’hémisphère en sud en garantissant à ceux d’entre eux, dépourvus de ressources pétrolières, un approvisionnement à coût abordable.

Politique

Et le rayonnement de Chávez, au grand agacement des États-Unis, ne cesse de progresser. Déjà les Morales de Bolivie, Lula du Brésil, Bachelet du Chili, Ortega du Nicaragua et, au premier rang, Castro à Cuba montrent, tantôt, une certaine sympathie à l’égard de leur homologue, tantôt, une sympathie certaine. S’y ajoutent maintenant Rafael Correa en Équateur et Alavaro Colom au Guatemala. Tous étaient présents au sommet ibéro américain qui a réuni, la semaine dernière au Chili, les pays d’Amérique latine, l’Espagne et le Portugal.

Hugo Chávez, y a révélé son côté un brin frondeur. À tel point, de fait, qu’il n’a pu se retenir face à son vis-à-vis espagnol José Luis Zapatero, en traitant son prédécesseur de fasciste, ce que n’a pas apprécié le président d’Espagne qui le lui a fait savoir devant un Chávez qui a persisté et signé en envoyant balader le roi Juan Carlos qui appuyait son président.

Pour ne pas être en reste, Hugo Chávez s’en est également pris à l’église catholique vénézuélienne et le pape, en plus d’accuser les États-Unis et l’Union européenne d’avoir approuvé le coup d’état fomenté contre lui en avril 2002.

Il faut bien reconnaître, toutefois, que les adversaires du président du Venezuela ne le ménagent guère. Lune des dernières offensives diplomatiques, dans le contexte nord-américain où la liberté de presse apparaît comme un droit sacré : le 13 octobre, l’Association inter-américaine de la presse, en assemblée générale à Miami, a accusé le gouvernement Chavez de tentative de censure à son endroit en l’accusant d’avoir ordonné aux hôtels de Caracas de refuser toute réservation de chambre en vue de la tenue de son assemblée générale de l’an prochain qui doit avoir lieu dans la capitale vénézuélienne.
Or, quand on y regarde de près, cette association n’en n’est pas une de journalistes mais de propriétaires et d’éditeurs de médias des États-Unis et d’Amérique latine. Tous ont été et sont plus critiques les uns que les autres sur tout ce qui semble orienter la politique de l’hémisphère sud vers une voie trop socialisante par rapport à leur credo fondé sur la seule propriété privée.

Que Chávez veuille servir à ces médias quelques crocs en jambe n’est sans doute pas très habile, mais pas non plus surprenant, quoique pas une seule preuve d’entrave n’ait été déposée par l’association lors de sa conférence de presse, les journalistes présents ayant pris ces affirmations pour argent comptant. Peut-on douter de la parole de ses patrons?

Ma pensée est couleur de lumières lointaines
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l’éclat parfois des subtiles verdeurs
D’un golfe où le soleil abaisse ses antennes.


Émile Nelligan (Clair de lune intellectuel)

jeudi 8 novembre 2007

États-Unis Cuba Bush ignore l’ONU et repousse la main tendue de Castro


L’ONU, pour une 16ème année, a voté en faveur de la levée de l’embargo commercial et économique des États-Unis à l’endroit de Cuba qui perdure maintenant depuis 46 ans. Le président Bush fait fi du vote des 192 pays qui réclament la fin de ce blocus et puise sa détermination au sein de la diaspora cubaine de Miami. Celle-ci ne désarme pas face au lider maximo et réclame rien de moins que le retour de propriétés ayant appartenu aux familles exilées prétendument spoliées par le régime castriste.

Dès avant le vote intervenu à la fin du mois d’octobre, à l’occasion de l’assemblée générale de l’ONU, le président Bush avait clairement annoncé ses couleurs, deux semaines plus tôt, en organisant une rencontre avec un groupe cubain de Miami trié sur le volet. « Il ne nous a pas dit qu’il allait faire un discours sur le sujet, affirme Ninoska Pérez Castellón, l’un des leaders de la communauté cubaine présent, mais qu’il voulait en savoir davantage sur les familles des prisonniers politiques détenus à Cuba et nous entendre au sujet de l’épreuve qu’ils subissent. »

Cette rencontre faisait suite à une sortie de Raúl Castro, en juillet, qui déclarait : « Quelle qu’elle soit la prochaine administration (des États-Unis) devra décider si elle maintient l’absurde, illégale et stérile politique à l’endroit de Cuba ou si elle acceptera la branche d’olivier que nous lui tendons. »

Le directeur de Radio Mambí, craignant que le gouvernement des États-Unis ne prenne au sérieux l’approche cubaine, a indiqué au président que la seule politique possible était le maintien de la politique actuelle. Ce qui a fait dire à George W. Bush, à l’issue de cette rencontre que le mot d’ordre dans les discussions avec Cuba n’allait pas être « stabilité ». « Le mot d’ordre est « liberté », scande-t-il, en songeant sans doute à son allié du Pakistan qui concrétise présentement son deuxième coup d’état.

Le discours du président américain, qui a suivi sa rencontre avec les exilés, a, à la surprise des observateurs, fait l’objet d’une page complète de citations textuelles dans le quotidien La Gramma et d’une diffusion d’un quart d’heure sur la télévision nationale cubaine.

Cuba réplique

Le ministre cubain des Affaires étrangères, Felipe Perez Roque, au lendemain du vote de l’ONU, a mis en garde les États-Unis s’ils tentaient de renverser de force le gouvernement en place à La Havane.

« Nous ne menaçons pas et nous ne bufflons jamais. Nous respectons les États-Unis et nous demandons le même respect pour nous. Nous défendrons notre pays contre n’importe quelle agression étrangère. »

Et commentant le mot d’ordre de « liberté » utilisé par le président Bush une semaine auparavant, l’ambassadeur ajoute : « Si l’utilisation de cette expression annonce une tentative de renversement de régime à Cuba, celle-ci se butera à la résistance du peuple cubain et ce peuple est prêt… Cuba ne représente pas une menace et souhaiterait entretenir des relations normales avec les États-Unis. »

La diaspora

Les exilés cubains ne désarment pas et la diaspora entretient la flamme anti castriste parmi la génération montante principalement regroupée à Miami.

Dernière offensive : la réclamation de propriétés en territoire cubain au lendemain de la chute du régime en place. Se basant sur une étude menée par une université du Nebraska, les Cubains de Miami estiment à près de deux milliards de dollars la valeur des biens saisis, confisqués ou étatisés par le régime de Fidel Castro. Ceux-ci vont de la possession d’une automobile jusqu’à celle d’une distillerie.

Les Cubains s’inspirent ainsi du mantra d’un opposant au régime de 88 ans, Pedro Miyares. Celui-ci ne cesse de répéter à ses proches, depuis quatre décennies: quand Fidel Castro tombera, vous devez retourner vous battre pour récupérer la ferme familiale.

La mémoire des opposants castristes est directement proportionnelle à l’entêtement présidentiel : Cuba doit regagner le giron étatsunien, sans quoi, point de salut.

Aurore, Soleil et Crépuscule;
Le Passé, le Présent, l’Avenir;
Toujours devant Jamais qui recule.


Guy Delahaye (Amour)

mercredi 7 novembre 2007

Québec et Ottawa derby d’abolitions


Mario Dumont et son ADQ se sentaient coincés ces dernières semaines entre la quête d’identité québécoise de Pauline Marois et du PQ et un Jean Charest qui n’hésite pas à prendre d’assaut les pages d’opinions des journaux pour vilipender les nationalistes. Pour se remettre en selle, Mario Dumont prend prétexte du famélique taux de participation aux élections scolaires du dimanche 4 novembre pour réclamer l’abolition des commissions scolaires.

Stephen Harper et le Parti conservateur minoritaire à Ottawa, las de toujours devoir rendre des comptes sur la nature de la participation de l’armée canadienne en Afghanistan, en plus de se faire casser les pieds par un sénat à majorité libérale qui tatillonne sur chacun des projets de loi en provenance de la Chambre des communes, accroche son wagon à la locomotive anti-sénat du NPD de Jack Layton pour réclamer l’abolition de cette institution.

L’un et l’autre ont raison d’agir de la sorte mais ils ne semblent pas le faire pour les bons motifs.

Une fois enfourchée sa monture, Mario Dumont perd le contrôle des rênes et met dans un même sac le coût des élections scolaires, 8 millions $, associé à un taux de participation de huit pour cent pour l’ensemble du Québec et la moitié de ce niveau dans l’île de Montréal, pour menacer de renverser le gouvernement s’il ne se rend pas à son exigence.
Il place ainsi le PQ dans l’obligation de soutenir le parti au pouvoir ce qui lui permettra ensuite de le vilipender sur toutes les tribunes pour collaboration avec l’ennemi.

Mais le motif réel de la position adéquiste est ailleurs et c’est l’auteur de la résolution abolitionniste des commissions scolaires qui le révèle candidement. « Les écoles privées ne sont pas soumises aux commissions scolaires et s’en sortent très bien », avance le député de La Peltrie, Eric Caire. Voilà qui ressemble davantage à l’ADQ : gruger au public pour alimenter le privé.

Pourtant les mobiles en faveur de cette abolition ne manquent pas, il suffit de prendre connaissance de la Loi sur l’instruction publique pour s’en convaincre en ayant à l’esprit que les parents recherchent dans une école un lieu d’apprentissage efficace pour leurs enfants. Aussi simple que cela. Or, une commission scolaire c’est tout le contraire de cette simplicité attendue.

Les commissions scolaires ont, avec les années, multiplié à outrance les paliers décisionnels et consultatifs sans toutefois avoir un mot à dire directement sur la qualité de l’enseignement dispensée dans les écoles sous leur responsabilité. Un parent tente-t-il de référer à la commission scolaire un cas de déficience pédagogique dans un établissement qu’il se fait répondre que ce n’est pas du ressort de cet ordre de gouvernement.

En fait, toutes les responsabilités dévolues aux commissions scolaires pourraient être confiées à d’autres structures déjà en place avec transfert du personnel et des budgets et le système ne s’en porterait que mieux. Et les emplois en jeu pourraient être transférés là où ils seront vraiment utiles sans devoir tergiverser avec des élus qui n’ont qu’une raison d’être : justifier leur présence. Unique perte : un terrain d’exercice pour politicien provincial en devenir.


Le sénat

Les conservateurs ont depuis longtemps fait de la réforme du sénat leur cheval de bataille avec, par exemple, la résolution triple E : élu, égal, efficace, la limite de la durée des mandats ou la consultation des électeurs avant une nomination. Toutes idées rejetées par les sénateurs eux-mêmes qui refusent, il est aisé de le concevoir, de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Mais la vraie raison de l’obsession conservatrice sur l’existence du sénat : ils y sont minoritaires parce que les libéraux ont accumulé plus d’années qu’eux au pouvoir et, par le fait même, ont eu l’occasion de nommer plus de sénateurs.

Pour le NPD, l’abolition du sénat est à son ordre du jour depuis la fondation du CCF (Commonwealth Cooperative Party), son ancêtre.

Là encore, les vrais raisons ne manquent pourtant pas pour justifier l’abolition de chambre haute. Le sénat, de défenseur des causes régionales et des politiques défendues par les provinces, s’est rapidement mué en espace de stationnement pour organisateurs politiques et en généreux pourboire pour services rendus.

Pour s’en convaincre, un coup d’œil au mémoire de l’ex-premier ministre Brian Mulroney qui élabore sur la nomination de Norman Atkins, un réputé organisateur de la Big Blue Machine conservatrice ontarienne : « … Il n’y eut pratiquement aucune critique quand j’ai nommé Norman au Sénat, la plus importante rétribution qu’un premier ministre peut accorder et qui représentait pour Norman, compte tenu de son âge, une somme de cinq millions de dollars sur (sic) le restant de ses jours! » (Brian Mulroney, Mémoires, p. 804.)

Voilà deux institutions aussi nécessaires à l’évolution de la vie démocratique qu’une balle de golf dans un tournoi tennis.

Malgré des jours nombreux, ma fin semble hâtive;
Je dis l’adieu suprême à tout ce qui m’entend.


Phamphile Le May (Ultima verba)

lundi 5 novembre 2007

Antilles et Mexique pas de cadeau de Noël


L’ouragan Noël aura été le plus meurtrier et dévastateur de la saison 2007. Et c’est l’île d’Hispaniola, partagée en la République dominicaine et Haïti, qui présente le pire bilan : 141 morts jusqu’ici (84 en République, 57 en Haïti); la Jamaïque et les Bahamas rapportent également un décès chacun.

La présence des troupes de maintien de la paix des Nations unies, sous le commandement du major général Carlos Alberto Dos Santos Cruz, du Brésil, n’a pas empêché les pillages et les menaces à la sécurité personnelle de la population. Ainsi, des réfugiés de Cité Soleil, en banlieue de Port-au-Prince, rassemblés dans des abris, ont accusé les forces de l’ONU d’avoir déserté l’endroit et ainsi permis que des hommes armés de machettes envahissent les lieux en menaçant violer les jeunes femmes présentes.

Les autorités haïtiennes sont prises à partie avec véhémence, par les forces extérieures en place et par l’intérieur.

Le général responsable des forces de l’ONU soutient que c’est au gouvernement haïtien d’assumer la responsabilité d’aider les 10 000 évacués à la recherche de secours et de refuges.

Un responsable du ministère de l’Intérieur, Laine Pierre Raymond, est également critique à l’égard de son gouvernement qui le taxe d’inactif. Le gouvernement se défend en invoquant le travail de reconstruction incessant auquel il est confronté et de sa dépendance face à l’aide internationale.

Les États-Unis, si prompts à évincer Jean-Bertrand Aristide du pouvoir, en 2004, sont pour le moins discrets face au désastre et les 1,4 milliard de dollars promis à la suite de l’ouragan Jeanne, survenu également en 2004, se font toujours attendre. D’où proviendra l’aide maintenant?

La déforestation est en bonne partie responsable de la vulnérabilité d’Haïti face aux tempêtes tropicales, la population utilisant les arbres pour le chauffage et la cuisson des aliments, laissant le sol en proie à l’érosion.

République dominicaine, Cuba et Mexique

Pays touristique fort populaire, surtout auprès des Québécois, la République dominicaine déplore 67 000 sans abris. Cependant, des ponts aériens ont été établis avec des pays donateurs afin de faire parvenir aux populations affectées les produits de première nécessité dont elles ont besoin.

Le phénomène de déforestation ne touche pas la République mais l’escarpement des montagnes, lors de fortes pluies, drainent, jusqu’à ce qu’elles débordent, les rivières en bordure desquelles vivent plusieurs personnes.

À Cuba, 30 000 personnes ont été évacuées à la suite des inondations qui ont aussi emportées de nombreux tronçons de routes. Le vice-président Carlos Lage affirme toutefois que la situation demeure sous contrôle pour le moment et tient informé, bien évidemment, le président hospitalisé Fidel Castro.

Au Mexique, ce n’est pas à cause de Noël mais en raison de pluies diluviennes que les états de Tabasco et du Chiapas gisent sous les flots et que deux millions de personnes subissent le pire désastre naturel des dernières années dans ce pays, selon le président Felipe Calderon. Là aussi la grogne s’est installée face à la lenteur de l’aide d’urgence.

Les images provenant de l’état de Tabasco, riche en pétrole, ne sont pas sans rappeler les prises de vue saisies lors de l’ouragan Katrina en 2005 à la Nouvelle-Orléans avec ses milliers de personnes arc-boutées à des embarcations de fortune, d’autres nageant dans des eaux nauséabondes, d’autres encore attendant du secours sur les toits de ce qui reste de leurs demeures ou de celles des voisins…

La situation d’urgence prévaut à la grandeur du pays pour venir en aide à la population de Tabasco aux prises avec de nombreux cas de choléra ou d’hépatite A. Le président Calderon a, bien sûr, annulé tous ses déplacements afin de superviser le travail des équipes de sauvetages en provenance de tous les coins du Mexique et de l’extérieur du pays. Mais, d’évidence, les ressources internes ne suffisent pas à la tâche.

L’aide internationale ne sait plus où donner de la tête en Amérique centrale et dans les Antilles, en autant qu’elle se manifeste.

Ah! Pour ces parias de la famille humaine,
Qui, lourdement chargés de leur fardeau de peine,
Ont monté jusqu’au bout l’échelle de douleur,
Que votre cœur touché vienne donner l’obole…


Octave Crémazie (Les morts)

vendredi 2 novembre 2007

Californie et Floride Bush une catastrophe pour les désastres et les assurances soignent leur image


Les foyers d’incendie sont maintenant maîtrisés dans les banlieues qui s’étendent de Los Angeles à San Diego. Enfin! S’il y a des centaines de millions de dollars de perte, dans le sillage de ces feux, c’est que les propriétés incendiées valaient chacune des dizaines de millions $.

Au désastre des dernières semaines dans le sud californien, s’ajoute maintenant une nouvelle pitoyable. L’un des incendies serait d’origine criminelle et son auteur un jeune garçon. Les risques de feux de broussailles, à la fin d’un été californien, sont déjà suffisamment élevés sans qu’y contribue un ou des incendiaires inconscients de l’ampleur des dégâts qui peuvent survenir.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la Californie a vu débarquer à sa rescousse le président des États-Unis lui-même, George W. Bush. Et quelle réception devait-on lui réserver! Le lieutenant-gouverneur de l’état, John Garamendi, apprenant l’arrivée de son président dans quelques heures, déclarait que cette visite était d’abord et avant tout une « opération de relations publiques »; avant d’ajouter : « Franchement, je doute de la valeur de la visite du président ici… Combien de fois est-il allé à New York ou à la Nouvelle-Orléans pour lancer des promesses qui n’ont pas toujours été remplies? Nous avons le Terminator ici, le gouverneur Swarzenegger, qui fait du bon travail… »

Et les journalistes, qui ne sont jamais en reste, ont tenté de faire une comparaison entre l’attitude laconique du président, lors de Katrina à l’été 2005, et sa relative célérité de cette année. « Les historiens, de répliquer M. Bush, auront amplement le temps de se pencher là-dessus, de comparer telle situation avec telle autre. » De la grande esquive!

Il convient d’avouer que la feuille de route de M. Bush face aux désastres est plutôt catastrophique. En apprenant la tragédie du World Trade Center, en septembre 2001, le président poursuivait tout bonnement sa visite d’une maternelle avant d’aller se terrer dans un refuge des forces armées, laissant le maire de la métropole seul à la conduite politique des opérations.

Dans le cas de Katrina, l’ouragan qui a dévasté le sud de la Louisiane il y a deux ans, le président avait tardé, non seulement à se rendre sur les lieux, mais encore à décréter l’état d’urgence. Une fois ce geste posé, l’un de ses amis, à la tête de la FEMA, les services d’aide d’urgence à la population sinistrée, tergiversait à un point tel que l’aide n’est parvenue que très tard et au compte-gouttes pour ne s’attirer que des critiques.

Aujourd’hui encore, plus de 170 plaintes de corruption et de pots de vin visant des officiels de l’état de la Louisiane sont devant les tribunaux.

L’ouragan Wilma, qui a ravagé le sud-est de la Floride, en octobre 2005, n’a même pas réussi à faire se déplacer le président pas plus qu’à l’inciter à décréter l’état d’urgence.

Les assurances se rachètent et Allstate lâche

Les sinistrés californiens, au plus fort des feux dévastateurs, ont reçu la visite de leurs compagnies d’assurances. De très nombreux règlements sont effectivement intervenus avant même que les flammes soient éteintes. Un rendement supérieur à ce qui s’est déroulé dans le cas de la Floride après le 24 octobre 2005.

L’une des compagnies d’assurance très présente dans les zones touchées par les ouragans de 2005, Allstate, décidait, peu après ces calamités qui lui ont coûté 1,5 milliard $ en indemnités, de lâcher ses assurés résidentiels pour se concentrer sur l’automobile ce qui lui vaut, aux dernières nouvelles, des profits records de 5 milliards $ au troisième trimestre du présent exercice financier.

Par ailleurs, de nombreux sinistrés de Wilma sont toujours sans logis ou en attente de règlements de la part de leur compagnie d’assurance. Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles, les responsables municipaux du milieu de l’habitation estiment à plusieurs douzaines le nombre d’édifices toujours inhabitables. Ceux-ci se retrouvent principalement dans les municipalités de Lauderhill, Lauderdale Lakes, Tamarac et dans le secteur ouest de Delray Beach.

Plusieurs personnes font toujours face à des paiements de loyers sans pouvoir y habiter ou avec des versements de frais mensuels ou de contributions spéciales pour des condos toujours non réparés.

À la tragédie collective, que représente le passage d’un ouragan ou d’un incendie dévastateur, s’ajoute des centaines de tragédies individuelles qui se traduisent par des dépressions, des séparations, des faillites… des rêves brisés quoi.

Quelle assurance avons-nous que demain nous serons à l’abri de l’indifférence généralisée si le ciel nous tombe sur la tête? On a beau payer ses primes rubis sur l’ongle, quand vient le moment, après un malheur, de réclamer son dû, on passe du mauvais côté du miroir. Heureusement qu’on est entre bonnes mains!

Les heures couleront à la lampe de l’attente
Le jour rejoindra les eaux de ma prière
Je ne sais si tu viendras
Comme le premier soleil à la mort de la nuit

Fernand Dumont (Qu’importe le limon)