dimanche 23 mars 2008

USA Les tribulations d’un candidat à la présidence


Assuré de conquérir l’investiture présidentielle du Parti républicain, John McCain a passé la dernière semaine en voyage. Il est passé de l’Irak à l’Europe, souhaitant se doter de la stature internationale qui faisait défaut à George W. Bush au lendemain de son élection controversée en 2000.

Si le but officiel de ce périple est de prendre contact avec divers chefs d’État et de gouvernement afin de sonder leur perception des États-Unis, il apparaît évident qu’il cherche également à se placer au-dessus de la mêlée face à son éventuel concurrent démocrate, que ce soit Barrack Obama ou Hillary Clinton, et de marquer des points face à l’électorat américain en se présentant comme celui qui est fin prêt pour occuper le poste de personnage le plus influent de la planète.

Mais voilà, tandis que son discours en terre américaine tend à se gagner les faveurs de l’électorat conservateur en maintenant que la guerre d’Irak durera le temps qu’il faudra, qu’il demeurera ferme à l’endroit du terrorisme comme envers des politiques libérales comme la limitation de la circulation des armes à feu ou l’accès à l’avortement.

Il appert, cependant, qu’à certaines occasions les bonnes intentions se butent à l’ignorance. Ainsi en a-t-il été lorsqu’il a déclaré que l’Iran servait de terrain d’entraînement à Al Qaeda pour ensuite commettre ses exactions en sol iraquien. Il aura fallu que son accompagnateur, l’ex-candidat à la présidence Joe Liberman, lui glisse à l’oreille que les militants d’Al Qaeda sont d’obédience sunnite, alors que le chiisme est la religion des Iraniens. Il s’est donc repris en dénonçant la politique terroriste du groupe d’Ossama Ben Laden.

Barrack Obama, lui-même aux prises avec un pasteur gênant, Jeremia Wright, qui accuse les États-Unis d’avoir provoqué le désastre du 9 septembre 2001 par son attitude impérialiste, n’allait pas laissé passer une aussi belle occasion de dénoncer cette méconnaissance de son peut-être prochain adversaire à la présidentielle de novembre prochain.

La tournée européenne de John McCain se déroule tout de même mieux que cette incartade iraquienne et la bourde commise. Fait étonnant, il se démarque nettement des politiques mises de l’avant par George W. Bush, ce qu’il n’a jamais fait pendant sa campagne à l’investiture. Il assure notamment qu’il faut des mesures visant à stopper le réchauffement climatique, problème fréquemment nié par le président Bush ; il dénonce le recours à la torture, après que Bush ait apposé son veto à une loi interdisant à la CIA d’utiliser la simulation de noyade en cours d’interrogatoire ; il promet même la fermeture du centre de détention de la baie de Guantanamo à Cuba, ce que Bush n’a nullement l’intention de faire.

L’appui aux États-Unis est en chute libre dans tous les pays d’Europe, à commencer par la Grande-Bretagne, son allié contre vents et marées. De 83 %, avant la guerre d’Irak, le soutien populaire aux États-Unis y a glissé à 51 %. En France, où les États-Unis ne reçoivent de 39 % d’appuis, le candidat républicain a affirmé : « Je crois que nos relations avec la France continueront à s’améliorer quelque soit le prochain président des États-Unis. » Étonnante affirmation quand on sait en quelle basse estime les Américains tiennent les Français.

Il y a maintenant cinq ans que la guerre se poursuit en Irak. Après 4000 militaires américains morts au combat et plus de 100 000 irakiens, tout va pour le mieux aux yeux du président Bush pour qui la victoire est à portée de main, même s’il faut pour cela « demeurer 100 ans en Irak », comme il l’a martelé. On ne peut guère réaliser mieux comme discours paradoxal.

Nous sommes au point mort
De la désertion tragique
Nous attendons la parole de délivrance
Sans aider la porte à tourner sur ses gonds.


Jean-Guy Pilon (Et brûleront les navires)

lundi 17 mars 2008

Crise en Amérique latine la discrétion cubaine


Étonnamment, la réserve a marqué la politique cubaine lors de la crise entre la Colombie, l’Équateur et le Venezuela découlant de la violation de la frontière équatorienne par l’armée colombienne ayant mené un raid qui a conduit à la mort du numéro deux des FARC (Forces armées révolutionnaire de la Colombie) en territoire équatorien.

Le président de l’Équateur, Rafael Correa, a immédiatement dénoncé l’intervention colombienne sur son territoire, dénonciation appuyée immédiatement par le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui mobilise des milliers de se soldats sur sa frontière avec la Colombie.

En temps normal, si le lider maximo avait conservé sa présidence de la république cubaine, on aurait probablement assisté à l’une de ses montées au créneau pour vilipender un régime honni soumis à la botte du géant yankee.

Or, Raoul Castro, qui vient de prendre les rênes du pouvoir sur l’île, semble avoir d’autres fers au feu et, tout en suivant de près l’évolution de la crise, travaille à d’autres priorités : l’exploitation des réserves pétrolières « off shore » avec l’aide de l’Espagne, normalisation des relations avec le Mexique ( geste remarquable de la part du président conservateur Calderon), visite de l’envoyé de l’union européenne, Louis Michel, en vue d’une reprise de relations bilatérales entre l’île et le continent européen, rééchelonnement la dette pétrolière cubaine envers le Brésil…

Puis, lors du Sommet des pays sud-américains en République dominicaine, la tension suscitée par le comportement colombien s’est estompée et les critiques acerbes formulées de part et d’autre ont fait place au dialogue, le Venezuela et l’Équateur restaurant leurs relations diplomatiques avec la Colombie et le président Alvaro Uribe présentant ses excuses pour l’incursion en territoire équatorien et s’engageant à ne plus violer les frontières de ses voisins.

Il ne faut cependant pas croire que Fidel s’est complètement tu dans le sillage de cette crise. De fait, l’ex-président tient quotidiennement chronique dans le journal officiel du parti « Gramma ». Ainsi, dans le numéro du vendredi 14 mars, le légendaire dirigeant cubain écrit :

« L’impérialisme vient de commettre un crime monstrueux en Équateur. Des bombes meurtrières ont été larguées au petit matin sur un groupe d’hommes et de femmes qui, presque sans exception, étaient en train de dormir. On le déduit de tous les rapports officiels émis dès le premier instant. Les accusations concrètes contre ce groupe de personnes ne justifient pas l’action engagée. Ce sont des bombes yankees qui sont tombées, guidées par des satellites yankees.

« Absolument personne n’a le droit de tuer de sang-froid. Si nous acceptons cette méthode impériale de guerre et de barbarie, des bombes yankees guidées par des satellites peuvent tomber sur n’importe quel groupe d’hommes et de femmes d’Amérique latine, sur le territoire de n’importe quel pays, avec ou sans guerre. Que cette action se soit produite sur une terre dont les preuves indiquent qu’elle était équatorienne constitue une circonstance aggravante.

« Nous ne sommes pas ennemis de la Colombie. Mes Réflexions antérieures et nos échanges prouvent combien nous nous sommes efforcés, tant l’actuel président du Conseil d’État cubain que moi-même, de nous en tenir à la politique de principe et de paix que nous avons proclamée depuis des années dans nos relations avec les autres États d’Amérique latine.

« Que tout ceci soit à présent en danger ne nous convertit pas en belligérants. Nous sommes des partisans décidés de la paix entre les peuples de ce sous-continent que Marti a baptisé comme Notre Amérique.

« Garder le silence ferait de nous des complices. On veut maintenant asseoir notre ami, l’économiste et président de l’Équateur, Rafael Correa, au banc des accusés, ce que je n’aurais jamais pu concevoir dans la nuit du 9 février 2006 (NDLR : date de la première rencontre entre les deux dirigeants). Mon imagination semblait capable d’envisager des rêves et des risques de toute sorte, sauf quelque chose d’approchant à ce qui s’est passé le samedi 1er mars 2008, au petit matin.

« Correa a pu réunir les rares survivants et le reste des cadavres. Les deux qui manquent prouvent que le territoire équatorien a été occupé par des troupes ayant franchi la frontière. Tout comme Emile Zola, il peut maintenant s’écrier : J’accuse ! »

La plume de Fidel court plus vite que ses jambes.

Et, pendant ce temps, que fait le président George W. Bush ? Il s’attriste devant la violation des droits de la personne à Cuba et note que « la liste des pays appuyant le peuple cubain est trop courte et les démocraties absentes de cette liste est remarquable », insinuant que le Venezuela, l’Équateur, le Brésil, l’Argentine, notamment, ont des liens trop étroits avec le gouvernement cubain.

En même temps, le président américain appose son veto à une loi interdisant le recours à la technique de simulation de noyade lorsque la CIA interroge des personnes suspectées de complot à l’encontre des États-Unis. Les droits de la personne ont tout de même leurs limites, semble-t-il dire. Et l’une de ces limites se situe probablement sur le périmètre de la base de Guantanamo à Cuba.

… Son grand-père était gris
Et son papa aussi
Et grise sa maman
Et gris l’oncle Fernand

Le petit éléphant
Faisait, c’est désolant,
De la neurasthénie,
Parce qu’il était blanc…


Ollivier Mercier-Gouin (L’éléphant neurasthénique)

lundi 3 mars 2008

Canada Indépendante Radio-Canada?


Pour une énième fois, le comité permanent du Patrimoine à la Chambre des communes à Ottawa recommande que la Société Radio-Canada (SRC) jouisse d’un financement stable et pluriannuel qui permettrait à la radio/télévision publique de planifier son développement et d’éviter toute influence indue sur ses décisions éditoriales provenant du parti gouvernemental au pouvoir dans l’Outaouais.

Il fallait voir et entendre le vice-président des services français de la SRC, Sylvain Lafrance, alors qu’il réagissait aux recommandations unanimes du comité, sauf la dissidence du Parti conservateur pour ce qui concerne le mode de financement avec indexation automatique. Il émanait du numéro trois de la Société (après le président et le vice-président des services anglais) autant d’enthousiasme, pour applaudir ce rapport, que s’il avait assisté à la cinquantième reprise d’un Bye Bye d’il y a vingt ans.

Il faut savoir que Sylvain Lafrance vit dans les couloirs de Radio-Canada depuis presque sa naissance. Journaliste à la salle des nouvelles de la station d’Ottawa dans les années 70, il a gravi les échelons jusqu’au poste hautement stratégique qu’il occupe maintenant en attendant, sans doute, que la présidence lui échoit. Il est donc bien au fait des promesses faites, en ce sens également, aussi bien par les libéraux que les conservateurs aux présidents du passé, dont les Pierre Juneau, Gérard Veilleux, Tony Manera et tutti quanti.

C’est qu’il existe une règle qui veille aux relations entre le gouvernement en place et la Société Radio-Canada : le « arm’s lenght » héritée de la tradition britannique. Il s’agit de la distance critique qui doit exister entre le gouvernement élu et la haute direction de la SRC pour que cette dernière conserve toute son indépendance, surtout éditoriale.

À titre d’exemple, lors de la diffusion d’un Bye Bye dans les années 90, les auteurs avaient égratigné le premier ministre de l’époque, Jean Chrétien dont l’épouse avait chassé un intrus de son domicile. Dès le lendemain de la diffusion, le chef de bureau du premier ministre avait appelé le président de la SRC pour le tancer sévèrement, selon les rumeurs qui ont circulé à l’époque sur la colline parlementaire. Quelques mois plus tard, lors de l’adoption des crédits parlementaires, la SRC voyait son budget gelé pour l’année suivante, ce qui se traduisait en réalité par un manque à gagner sans fonds supplémentaires pour couvrir l’inflation.

Cela permet de comprendre pourquoi, une fois au pouvoir, libéraux comme conservateurs refusent de voir la SRC acquérir davantage d’indépendance, même si, à l’époque où ils étaient dans l’opposition, un financement stable établi sur plusieurs années leur souriait. Dans l’opposition, ils y voyaient la possibilité d’accéder plus aisément aux ondes, au pouvoir l’incapacité d’influer sur son orientation. En effet, il n’est pas possible pour le palier politique d’intervenir directement à la suite de choix éditoriaux réalisés par un Daniel Lessard de la télévision ou un Maurice Godin de la radio. Mais si on dispose de la menace budgétaire, les hautes sphères de la SRC feront preuve de vigilance et interviendront sans même que le gouvernement n’ait à se manifester.

Même si les recommandations du comité connaissaient des suites positives, ce qui est fort douteux, il resterait que le budget de la SRC face au réseau anglais demeurerait inéquitable. De fait, même si le niveau d’audience n’est pas le seul critère dont on doive tenir compte, il n’empêche que le réseau français représente, grosso modo, la moitié de l’audience totale consacrée à Radio-Canada/CBC, pour moins d’un tiers de l’auditoire potentiel.

Si l’argent est le nerf de la guerre, il constitue aussi la laisse attachée à la patte du poêle. Vraiment indépendante Radio-Canada?

… ils seront seuls
et le cœur chargé d’une fausse espérance
ils attendront l’impossible délivrance des mondes


Michèle Lalonde (Leur solitude)

mardi 26 février 2008

USA Divine science


La science doit se plier aux impératifs dictés par les tenants du « créationnisme » et le « darwinisme » devient ainsi une « théorie scientifique » expression qui doit dorénavant précédée le terme « évolution » de même que les termes « gravité », « atomes » et « cellules », ce qui laisse aux enseignants l’espace nécessaire pour aborder l’évolution par le biais de la création divine de l’humanité qui se fonde sur la mythologie biblique.

C’est le compromis survenu au sein du Conseil supérieur de l’éducation de la Floride pour rallier « créationnistes » et « évolutionnistes » quant aux modifications exigées par les premiers dans le curriculum scolaire. Le programme d’enseignement scientifique dans les écoles secondaires de la Floride traitait jusqu’ici de l’évolution en recourant à des expressions comme la mutation biologique à travers le temps. Les professeurs de science souhaitaient donc que le programme réfère spécifiquement à l’évolution pour expliquer l’avènement de l’humanité telle que nous la connaissons aujourd’hui.

L’intégrisme religieux gagne constamment du terrain aux États-Unis et ce débat floridien autour de la théorie de Darwin devenue l’évolution, au plan scientifique, reflète bien cet état de fait. Dans nombre de municipalités des débats ont également cours sur la pertinence ou pas de réciter une prière en ouverture d’assemblée. Les chrétiens insistent partout pour imposer la prière, les opposants privilégiant une minute de réflexion avant d’entreprendre leurs délibérations.

Étrangement, ce sont ces mêmes tenants de la prépondérance divine mur à mur qui s’objectent à des mesures comme le contrôle des armes à feu, même au moment où les fusillades dans des maisons d’enseignement se succèdent dramatiquement. Ils emboîtent ainsi le pas à la National Rifle Association, dont de nombreux membres sont aussi des militants religieux.

En Virginie occidentale, le programme d’enseignement au secondaire inclut même un cours de maniement d’armes à feu, les autorités invoquant, pour justifier cette décision, la pratique répandue de la chasse au gibier dans cet état. Donc, en Virginie occidentale, on pourra enseigner que le monde a été créé en sept jours par Dieu et comment utiliser une carabine et, plus tard, comment en acquérir une en se rendant chez n’importe quel détaillant d’armes à feu, comme cela s’est produit en Illinois où un jeune homme malade, sous influence de dépresseurs, a acheté deux armes tout à fait légalement avant de se rendre dans un auditorium de l’université dont il était diplômé pour décharger ses projectiles sur les étudiants présents.

En Floride, un premier test est en cours de la loi adoptée il y a deux ans à l’effet qu’il était permis de recourir à une arme à feu dans le cas où la personne concernée sent sa vie menacée. Le cas en question est celui d’un homme qui se rend compte qu’un individu est en train de voler la camionnette de son fils stationnée dans l’entrée de la résidence. Ne faisant ni une ni deux, l’homme sort de sa maison et tire sur le voleur en fuite et le tue. Il invoque pour sa défense le fait que si cet individu pouvait voler un véhicule il était susceptible aussi d’être armé et donc de menacer sa vie.

Dieu, dans ses commandements livrés à Moïse, aurait affirmé « tu ne tueras point » et la devise des États-Unis est « In God We Trust » et non pas « In Gun We Trust ».

En moi tout est tristesse à mitrailler de rire
Et lorsque je mourrai lorsqu’il n’y aura plus
Rien à tirer de moi peut-être le silence
Ni triste ni joyeux me laissera sourire


Pierre Trottier (En guise de testament)

dimanche 17 février 2008

Argentine La dictature militaire toujours active


Il y aura bientôt 25 ans que la dictature militaire a cédé le pouvoir en Argentine laissant en héritage une économie délabrée et une large tranche de sa population décimée par ses exactions : enlèvements, tortures, assassinats.

La « salle guerre », entamée en 1976 par les généraux Videla et Galtieri et leurs nombreux sbires qui souhaitaient éliminés systématiquement toute velléité progressiste présente dans le pays, engendre encore aujourd’hui de funestes événements qui appesantissent davantage la chape de plomb qui couvre cette période sombre de l’un des plus beaux pays de l’hémisphère sud. Les survivants des milliers de familles éplorées par la perte de parents ou d’enfants souhaitent toujours connaître les dessous cette période sombre; les militaires, certains condamnés à des peines de prison, d’autres amnistiés, désirent en conserver le secret absolu.

Dernière réminiscence de cet épisode tragique de la vie argentine : le meurtre en cellule d’Hector Febres, l’homme qui en savait trop. Officier de la Garde côtière à l’époque de la dictature, Febres, en décembre dernier, a été retrouvé empoisonné dans sa cellule de la base militaire où il était confiné, depuis neuf ans, en attente de verdict. Il était accusé d’avoir torturé quatre prisonniers détenus à l’École de mécanique de la marine qui servait, sous les généraux, de prison et convertie depuis en musée commémoratif.

Selon certaines informations, Febres se sentait trahi par ses supérieurs de l’époque et aurait colligé de nombreuses informations les concernant sur son ordinateur. De fait, Hector Febres vivait sa réclusion dans une spacieuse suite de la base militaire avec, à sa disposition, toutes les facilités souhaitées. Au lendemain de la découverte de son corps, nulle trace dans sa cellule de l’ordinateur ou des disques où auraient été colligées les informations en sa possession.

La juge chargée de l’enquête sur le décès de Febres a écarté, début février, l’hypothèse de suicide qui circulait dans les milieux militaires à propos de sa mort, pour confirmer un empoisonnement au cyanure. Deux de ses gardiens sont en état d’arrestation soupçonnés d’avoir autorisé l’accès à sa cellule à son ou ses meurtriers.

Febres n’était pas un personnage-clé du régime militaire argentin de la fin des années 1970 et du début des années 1980, comme c’est le cas des généraux, colonels ou chefs de police toujours vivants, en attente de procès ou de verdicts à l’issue de leurs procès. Il était un policier militaire devenu un fonctionnaire sachant, toutefois, où avaient été inhumées les victimes du régime Videla-Galtieri et qui étaient les responsables de ces disparitions.

Il aurait notamment été au fait de ce qu’il est advenu des enfants de mères décédées en détention sous la torture. Au moins 500 nouveaux nés auraient ainsi été enlevés à leurs mères puis placés dans de « bonnes familles » favorables au régime. Les mères concernées, elles, comme moult autres prisonniers des militaires, auraient été droguées puis larguées dans l’océan Atlantique à partir d’hélicoptères. Ainsi sont disparues des milliers de personnes accusées d’activités subversives à l’encontre du gouvernement des généraux. Il y a des enfants d’hier, des adultes d’aujourd’hui, qui veulent connaître l’identité des bourreaux qui les ont arrachés des bras de leurs mères.

Y a-t-il toujours, dans les rangs de l’armée et de la police argentine, des officiers qui auraient été impliqués dans les forfaits ordonnés par les généraux, colonels et chefs de police lors de cette « sale guerre »? Il semble, en tout cas, se perpétuer un sale héritage dans ce pays aux larges horizons et à la capitale, Buenos Aires, déjà qualifiée de Paris de l’Amérique du Sud.

Mourir sans connaître la vérité…
Le monde tremble au bord de l’horizon!
C’est entre ma main et le sol
Que peut sourdre la soudaine lumière.


Gatien Lapointe (Le temps premier)

lundi 11 février 2008

Canada Le comité vaudeville


L’ex-chef de cabinet de Brian Mulroney, Norman Spector, avait promis de déballer tous les dessous de la circulation d’enveloppes au 24 Sussex, résidence du premier ministre canadien. Tout ce qu’il aura appris à la population c’est que le Fonds du Parti conservateur (le PC Funds) compensait le couple Mulroney pour les dépenses encourues dans l’exercice de leurs fonctions officielles.

Cela signifie que lorsque Brian et Mila attendaient de la grande visite pour souper, genre Ronald Reagan, la première dame devait se toiletter en conséquence. S’habiller griffé chez Dubuc ou Dior n’est pas gratuit. D’où le recours aux fonds mis à la disposition des Mulroney pour faire face à ces dépenses extraordinaires. Tout le monde sait que Brian Mulroney a subi une baisse de revenus en passant de la présidence d’Iron Ore au poste de premier ministre. Mais ça, M. Mulroney le savait avant de se lancer dans l’aventure politique.

Une fois partie du 24 Sussex, Mila Mulroney a-t-elle remis au Parti conservateur les vêtements acquis pour assumer son rôle d’hôtesse de maison ou encore pour assister à quelque bal de bienfaisance? Ce serait étonnant.

Ce qui étonne surtout, c’est le tour qu’emprunte la tenue de ce comité parlementaire censé creuser l’affaire des liens entre le lobbyiste Schreiber et le premier ministre à qui il remettait des enveloppes d’argent comptant dans des chambres d’hôtel.

Ce qu’il faut retenir des propos de Norman Spector demeure le message transmis aux parlementaires : cessez de chercher des bricoles et fouillez là où se trouvent les millions de dollars qui ont atterri dans les mains de ceux qui ont pris des décisions ayant mené à l’acquisition par Air Canada d’appareils Airbus et par l’armée canadienne d’équipement de défense. Et de combien de millions on parle : d’un, trois, dix?

Députés-vedettes

Lucide, le député Serge Ménard du Bloc québécois est bien conscient des limites imposées au comité parlementaire : on a bien trop peu de temps à consacrer aux témoins pour être en mesure d’approfondir les sujets. De fait, les députés transformés en inquisiteurs semblent davantage intéresser par les effets de toges que par le niveau de connaissance des faits des témoins. Le NPD veut mettre en exergue la pugnacité de Thomas Mulcair, les libéraux souhaitent enfin faire oublier l’épisode des commandites. Tous se comportent comme s’ils souhaitaient voler la vedette pour le prochain bulletin de nouvelles et les manchettes des quotidiens du lendemain.

Résultat : un vaudeville parlementaire qui recherche davantage le personnage absent de la scène en interrogeant le témoin présent et où l’interrogateur s’assure de jouer le premier rôle.

Avec la démolition du théâtre Quat’ sous, l’occasion se présente de construire le théâtre gobe-sous. Quelle évolution! Paul Buissonneau est déjà dans tous ses états… insupportables.

Prendre la fuite ensemble et rire des agents!
La nuit, laisser nos cœurs imaginer des frères,
Des frères de lune, humbles et millionnaires,
Qui laissent s’écouler sur nous tout leur argent.


Sylvain Garneau (Fuite)

lundi 4 février 2008

USA La crise des hypothèques à risque touche du vrai monde



Les grandes banques doivent inscrire à leurs livres des pertes considérables après avoir investi dans les hypothèques à risque; de leur côté, les citoyens qui ont contracté de telles hypothèques voient arriver les huissiers à leurs portes avec des avis de saisies.

Pas moins de 1,3 million de foyers américains ont reçu de tels avis au cours de l’an dernier, soit 79 % de plus qu’en 2006. Selon les plus récents relevés, ce seront 2,2 millions avis de saisies qui seront expédiés à des détenteurs d’hypothèques.
La Floride, le Nevada, le Michigan et la Californie sont les états les plus touchés par cette crise. Ainsi, en Floride plus de 165 000 propriétés sont touchées, soient 20 maisons par 1000 propriétés, le double de la moyenne nationale.

La crise provoque un effet « domino » qui affecte toutes les sphères de l’activité économique des États-Unis. Des entreprises de construction déclarent faillite ou se placent sous la loi les protégeant de leurs créanciers, le niveau de l’emploi diminue et les magasins sont déserts. Le tout entraîne un état de récession face auquel le président George W. Bush réplique en postant des chèques à tous les contribuables dans l’espoir que cette injection de fonds relancera la consommation et freinera le ralentissement économique. Le prochain budget de l’administration Bush atteindra un déficit record de 413 milliards $.

Si les grandes banques comme JP Morgan Chase & Co, Wells Fargo & Co ou Citygroup Inc. ont les moyens, après avoir enregistré des profits mirobolants, de mettre en réserve des dizaines de milliards de dollars pour contrer les pertes anticipées, c’est cependant loin d’être le cas de personnes qui ont répondu à l’appel des sirènes personnifiées par des promoteurs immobiliers qui leur promettaient des achats de maison sans comptant ou presque avec des paiements mensuels ridicules. Ridicules, jusqu’au jour où l’hypothèque arrive à son premier terme d’échéance, deux ou trois ans, et là, au renouvellement, surprise : sans remboursement de capital, plus un taux d’intérêt rajusté à la hausse, les paiements doublent, triplent ou quadruplent et c’est la saisie qui survient devant l’impossibilité d’assumer ces nouvelles obligations.

Les grandes banques n’ont jamais consenti de ces hypothèques mais ont investi dans des entreprises de prêts hypothécaires qui exploitaient ce marché en cheville avec des promoteurs immobiliers.

Les vautours

Il va de soi que le malheur des uns peut provoquer le bonheur des autres et l’ineffable Donald Trump a décidé d’exploiter le filon.
À pleines pages des grands quotidiens, le promoteur Donald Trump affirme : « Si vous n’êtes pas millionnaire d’ici décembre 2008, c’est que vous n’avez pas assisté à mon séminaire sur les saisies. »

La Trump University South Florida (et oui M. Trump a son université) offre donc un séminaire de trois jours pour enseigner comment acheter des propriétés saisies à bas prix pour les revendre avec un profit appréciable. Une chose est certaine, Donald Trump ajoutera quelques centaines de milliers de dollars à sa fortune avec ses séminaires et ses étudiants tenteront de s’enrichir sur la dépouille de ceux qui ont cru pouvoir posséder une maison à un coût raisonnable.
Celles et ceux qui ne réussiront pas à faire fortune après avoir suivi les cours de M. Trump se feront sans doute dire « FIRED » par le promoteur aux multiples tentacules immobilières.

C’était congé de lune
C’était congé d’étoiles
Et dans l’école de la nuit
Devant le tableau noir du ciel
Nous étions seuls sans maîtres


Pierre Trottier (L’étoile des grands lacs)