jeudi 27 septembre 2007

Pérou : Fujimori confronté à la justice de son pays


Les procureurs de l’État souhaitent procéder avec diligence. Les avocats de l’ex-président péruvien, Alberto Fujimori, entendent prendre tout leur temps. Raison : le politicien extradé du Chili est âgé de 69 ans. Une condamnation avant l’âge de 70 ans lui fait risquer 40 ans de prison. Une sentence intervenant, une fois révolus ses 70 ans, lui vaudra une remise de peine et une autorisation à purger sa sentence à domicile.

Alberto Fujimori est revenu au Pérou samedi soir dernier presque sept ans après son départ précipité pour le Japon et un détour par le Chili. Il doit répondre à des accusations de corruption et de violation de droits de l’homme. Son bras droit de l’époque où il présidait le pays, le chef des services secrets, Vladimir Montesinos, est déjà derrière les barreaux pour trafic d’armes.

L’arrivée au Pérou de l’ex-président et sa mise en accusation ébranlent les fondements politiques de la société péruvienne, comme le souligne l’ancien journaliste et ministre de l’Intérieur, Fernando Rospigliosi. « L’extradition de Fujimori a la magnitude d’un séisme de 8,4 degrés, du jamais-vu au Pérou. Jamais, dans notre pays, qui a vu tant de corrompus briguer le pouvoir, on n’avait mis en procès un ancien président pour des délits aussi grave que ceux dont est accusé Fujimori. »

Alberto Fujimori a été à la tête du Pérou pendant 10 ans (1990 – 2000). À l’issue de son dernier mandat, il quittait le pays pour se réfugier au Japon, dont il détient la citoyenneté. En novembre 2005, il débarque au Chili où il est arrêté dès le lendemain. Des procédures d’extradition sont entreprises et aboutissent par la sentence de la semaine dernière et son arrivée au Pérou le samedi 22 septembre.

Fujimori est soupçonné, durant la décennie où il a dirigé son pays, d’avoir versé 15 millions $ de fonds publics pour acheter le silence de son chef des services secrets, Montesinos, et commandité deux attaques contre des civils prétendument associés au groupe du Sentier lumineux.

De fait, l’essentiel des deux mandats de Fujimori a été concentré sur la lutte au groupe Sentier lumineux, organisation maoïste cherchant un reversement de régime en dénonçant l’exploitation des paysans et travailleurs par le gouvernement, les propriétaires fonciers et les dirigeants d’entreprise, le tout soutenu par une armée fidèle au régime et tenante de la ligne dure. Pas moins de 70 000 personnes sont mortes au cours de l’ère fujimoriste.

Mais l’ex-président est accusé d’avoir commandé deux attentats qui ont fait 25 morts. L’un est survenu en novembre 1991, laissant 10 morts, dans Barrios Altos à Lima et l’autre est connu sous le nom de La Cantuta d’après l’école normale dont un professeur et neuf étudiants ont été tués en juillet 1992. Dans ce dernier cas, les corps ont été retrouvés un an plus tard dans une fosse commune. Dans les deux cas, de nombreux corps ont été laissées pour morts, dont des enfants.

L’actuel gouvernement du président Alan Garcia se retrouve en mauvaise posture avec l’arrivée de Fujimori. La fille de ce dernier, Keiko, est à la tête d’un groupe de 13 députés fujimoristes qui ont soutenu le gouvernement minoritaire de Garcia au cours des 14 derniers mois. Fernando Rospigliosi poursuit : « Les liens de Garcia avec le fujimorisme vont au-delà d’une alliance tactique temporaire. Le président est entouré de politiques, de chefs d’entreprise et de militaires à la retraite qui sont étroitement liés avec le clan Fujimori. Même s’il le souhaitait – et, apparemment, il ne le souhaite pas – il aurait du mal à se défaire de tels alliés. »

Les yeux du monde entier seront tournés vers le Pérou, l’an prochain, et, sans doute, sur le procès de Fujimori, alors que s’y tiendra le prochain sommet des pays de la zone Asie-Pacifique.

Le fait est que les pays d’Amérique du Sud peinent à se libérer de leurs vieux démons marqués par des régimes autoritaires s’appuyant sur d’influentes forces armées au service d’une classe dominante qui s’accapare de l’essentiel des richesses disponibles.

Or, j’ai la vision d’ombres sanguinolentes
Et de chevaux fougueux piaffants,
Et c’est comme des cris de gueux, hoquets d’enfants
Râles d’expirations lentes.


D’où me viennent, dis-moi, tous les ouragans rauques,
Rages de fifre ou de tambour?
On dirait des dragons en galopade au bourg,
Avec des casques flambant glauques…

(Émile Nelligan, Vision)

mercredi 26 septembre 2007

Québec : la santé dans une embardée


Le système de santé du Québec va à vau-l’eau. Semaine après semaine, quelque histoire d’horreur vient hanter le réseau : diagnostics faussés, prélèvements mal recueillis ou mal analysés, patients laissés sans surveillance. Tout ça, sans compter les délais d’attente, en urgence ou sur les listes d’interventions chirurgicales pour des cataractes, une hanche ou un genou artificiel.

Dernier épisode en date, enfin jusqu’à aujourd’hui : les 16 décès survenus à l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, parce que des mesures élémentaires de propreté ont été déficientes. Quand les établissements de soins de courte, moyenne ou longue durée doivent, sur l’ordre du ministère de la Santé et des Services sociaux, réduire leurs dépenses ou respecter scrupuleusement les balises budgétaires imposées, le premier poste à écoper : l’entretien. Ce qui signifie notamment des coupures de postes dans l’entretien ménager.

Et que dire du personnel affecté par un désintéressement d’une profession dans le domaine de la santé par les jeunes en âge d’orienter leur carrière. La réalité de la vie quotidienne du personnel de soins infirmiers comme des préposés aux usagers ou des professionnels est tellement démobilisatrice que le recrutement est devenu une tâche plus qu’ardue à accomplir. Parmi les raisons : précarité d’emploi, horaires de travail en montagnes russes, temps supplémentaire obligatoire, rémunération inférieure à la moyenne nord-américaine et ainsi de suite.

Les gouvernements québécois successifs ne cessent de répéter que l’argent n’est pas le cœur du problème rejetant le blâme sur la gestion et l’organisation du travail. L’un des arguments majeurs : le pourcentage élevé du budget de la santé par rapport au budget du Québec : 31,7 p. cent en 2005-2006.

Or, le Québec enregistre le pourcentage le plus bas de toutes les provinces canadiennes. En effet, le spectre des dépenses de santé en pourcentage du budget provincial va de 33, 9 p. cent à l’Île-du-Prince-Edouard à 44,1 p. cent en Ontario. Est-il possible de croire que les courbes de qualité de soins et d’effort budgétaire soient parallèles?

En chiffres absolus, selon l’Institut canadien d’information sur la santé, en 2004, le Québec a consacré 3 656 $ par personne pour les soins de santé, le plus bas niveau observé de toutes les provinces canadiennes. Encore là, la minuscule Île-du-Prince-Edouard dépense 232 $ de plus par année par personne que le Québec. Au Manitoba, c’est 4 465 $ par personne et en Ontario 4 296 $.

Il faut que les directeurs de service des hôpitaux fassent des sorties publiques pour que le ministère et le ministre reçoivent leur message, comme cela s’est produit à l’Hôpital Charles-Lemoyne, sur la Rive-Sud de Montréal. L’institution doit, année après année, transférer 800 cas de cardiologie ers Montréal en raison de l’absence d’une salle d’hémodynamie. Question de gestion ça ou d’affectation budgétaire quand les médias prennent la relève de l’écoute du ministère?

L’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil également, dispose de deux salles pour ce type de traitement. Une seule est utilisée. Question de gestion ou de budget?

Et se poursuit le prêchi-prêcha du faire plus avec moins. Y-a-t-il des limites à cela avant le dérapage total?

Parlant dérapage, jetons un coup d’œil sur le réseau routier. Là-dessus on ne lésine pas, selon les données de Transport Canada compilées par La Presse.

Une autoroute urbaine nous coûte 790 382 $ le kilomètre dans le sud du Québec. La moyenne canadienne est de 527 111 $. En milieu rural : 839 962 $ contre une moyenne canadienne de 532 396 $. Une route principale en milieu rural coûte au Québec de 683 376 $ le kilomètre à 793 361 $, face à une moyenne de 433 546 $ au Canada. Même phénomène pour les routes secondaires en milieu urbain : de 509 184 $ à 592 074 $ le kilomètre au Québec, 345 405 $ en moyenne au Canada. Ça, c’est pour la construction.

En entretien, le Québec ne donne pas sa place non plus, surtout en hiver. Le Québec dépense de 9 à 10 000 $ par année à ce chapitre, tandis que l’Ontario y consacre de 5 500 $ à 6 000 $.

Est-il, vraiment nécessaire de décrire la condition du réseau routier québécois?

Pour le réseau de la santé on dépense moins et on a moins.

Pour le réseau routier, on dépense plus et on a moins.

Est-ce à dire que, de plus en plus, ça va de moins en moins?

Clameurs, ombres et flammes,
Êtes-vous donc les âmes
De ceux que le tombeau
Comme un gardien fidèle
Pour la nuit éternelle
Retient dans son réseau?

Octave Crémazie (Les morts)

mardi 25 septembre 2007

Pétrole : flambée des prix et profits


Le risque de tempêtes dans le golfe du Mexique expliquerait, du moins en partie, le prix record enregistré la semaine dernière par le pétrole à New York et à Londres; 84,10 $ le baril de « light sweet crude », à New York et 79,28 $ le baril de Brent de la mer du Nord, à Londres.

C’est l’annonce faite par l’agence gouvernementale américaine Mineral Management Service à l’effet que cinq plateformes pétrolières et trois derricks avaient été évacués du golfe du Mexique, ces installations se trouvant sur le trajet probable d’une tempête tropicale. Conséquences : plus du quart de la production de pétrole dans le golfe a cessé (360 000 barils par jour), ainsi que plus du tiers de la production de gaz naturel.

Un analyste, Eric Wattenauer, affirme que « les informations laissant entendre que 28 p. cent de la production dans le golfe du Mexique a été stoppée (sic) ont soutenu les cours ».

Le choix des mots n’est pas innocent dans cette assertion : « production stoppée » et « soutien des cours ». Cela reviendrait à dire que les cours allaient ralentir et qu’il fallait les maintenir, quels que soient les besoins à venir quand le temps froid nécessitera plus de chauffage. Ce qui importe, c’est de soutenir les prix sur les marchés.

C’est vrai qu’une tempête tropicale est probable dans le golfe du Mexique. C’est vrai à compter du mois de juin et jusqu’à la fin du mois de novembre. Année après année.

De là à conclure que l’évacuation des plateformes et derricks dans le golfe du Mexique serait une manœuvre pour créer une rareté, puis hausser les prix, à la suite d’un coût supérieur sur les bourses, serait une manœuvre qui permettra ensuite de vendre au détail à prix fort l’essence et le mazout, une fois l’hiver arrivé, il n’y a qu’un pas à franchir. Étrangement, lundi le danger était passé et les travailleurs réintégraient leurs installations. La baisse de production pour cette péridode est tout de même une réalité avec ses conséquences.

L’appétit vient en mangeant. Et les pétrolières sont affamées de profits faramineux. Chaque trimestre amène son lot de records dans la colonne des revenus. Et une analyse d’experts fiscalistes, dont Mme Brigitte Alepin, confirme que nos fournisseurs canadiens de carburant ne pompent pas suffisamment d’argent dans les coffres gouvernementaux sous forme d’impôts, ne contribuant que pour 16 p. cent de leurs profits contre une moyenne de 22 p. cent pour les PME. Le fisc fédéral perd de la sorte, pour la seule année 2005, 1 milliard $, sur des profits de 20 milliards $ pour les producteurs de pétrole.

Les pétrolières ont découvert une formule que leurs clients paient en double : des prix plus élevés pour le plein de l’auto et le chauffage de la maison et plus d’impôts aux particuliers pour compenser le manque à gagner occasionné par le faible niveau de fiscalité de ces mêmes pétrolières.

C’est ce qui s’appelle avoir le beurre, l’argent du beurre, la beurrerie et les vaches à lait.

Une poule cannibale
Dans la végétation prolixe
Couvait imperturbable
Un singe lunatique

Jean-Paul Martino (Osmonde)

lundi 24 septembre 2007

Bulletins scolaires : plagiat et mauvaise conduite


Devant le cafouillis qui semble caractériser le passage de bulletins scolaires évaluant les compétences à des bulletins chiffrés, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, en appelle à la collaboration des enseignants. N’aurait-il pas été judicieux de la part de la ministre de solliciter cette coopération avant plutôt qu’après la prise de décision?

Mais pourquoi les enseignants? Peut-on s’interroger devant cette sortie de la ministre : «Ça ne passe pas chez certains enseignants, peut-être, mais pour moi, ce qui est important, c’est que ça passe chez les parents. Le gouvernement a répondu à la demande des parents et les parents sont très heureux… Il y aura des bulletins chiffrés au mois d’octobre. »

Que conclure de cette détermination de la ministre?

Les enseignants sont des partenaires secondaires, des exécutants qui n’ont qu’à se plier, sans mot dire, devant les diktats d’un gouvernement qui a d’autres préoccupations que de les écouter. Or, c’est ce même gouvernement qui a demandé aux enseignants de consacrer des dizaines d’heures en formation pour maîtriser la conception de bulletins scolaires basés sur l’évaluation d’ensemble de la performance des élèves.

Il aura suffi que Mario Dumont, pédagogue aguerri comme chacun sait, étant lui-même père de famille, s’insurge contre les bulletins évaluatifs et prônent le retour aux bulletins chiffrés. Depuis quand, les parents, si bien intentionnés soient-ils, disposent-ils des connaissances nécessaires pour trancher quant à la forme de bulletin idéal qui sied à leurs enfants? Depuis que quelques-uns d’entre eux se sont mis à clamer sur les tribunes radiophoniques que le bulletin conçu par le ministère était trop complexe pour leur niveau de compréhension. Les animateurs de ces « lignes téléphoniques » leur ont laissé toute la place, ont ridiculisé les spécialistes du ministère et le train s’est mis à déraillé.

Jean Charest, toujours les yeux dans le rétroviseur où apparaît incessamment le profil de Mario, ne fait ni une ni deux : plus de bulletin basé sur les compétences et v’là le bon vent pour le bulletin chiffré. C’est simple (simpliste?) et tout le monde sera d’accord. Elle qui n’attend rien pour attendre, la Fédération des commissions scolaires emboîtent le pas. La boucle est bouclée.

Et les enseignants? C’est vrai, il y a toujours ces casse-pieds. Ils n’ont toujours pas d’indications, de paramètres, pour procéder à l’évaluation des élèves. Les commissions scolaires tardent à émettre quelque directive que ce soit et le ministère, apparemment, ne sait plus vraiment par quel bout prendre le problème, tiraillé entre les décisions politiques et l’avis de spécialistes. De toute façon, d’abord que les parents sont satisfaits, comme dit la ministre, les enseignants peuvent bien attendre un peu avant qu’on leur dise comment s’exécuter.

La joie des parents risque toutefois d’être de courte durée si, par un malencontreux hasard, leur enfant arrive à la maison avec un bulletin dont la note reflète l’unique résultat d’un examen de contrôle, parce qu’il faut bien évaluer les connaissances dans chacune des matières et que l’examen est l’outil pour chiffrer le savoir. Et si cet examen est survenu au lendemain d’une mauvaise nuit, d’épreuves affectant la famille ou autre événement perturbateur, quel en sera le résultat? Une note de beaucoup inférieure au résultat escompté? Possible. Sans compter les jeunes, les ados et même les adultes qui flanchent sous la pression qu’exerce un examen, et ce, même s’ils maîtrisent la matière. La note chiffrée reflète l’état d’esprit et la disponibilité intellectuelle tels qu’ils sont au moment de l’examen. Une évaluation d’ensemble, elle, se chiffre difficilement. Va-t-on, dans un an, dans deux ans, revenir à un autre type de bulletin?

D’ici là, des notes chiffrées peuvent d’ores et déjà être attribuées. À Jean Charest et Michelle Courchesne : zéro pour méconnaissance du sujet et plagiat. À la Fédération des commissions scolaires : zéro pour mauvaise conduite, suivi d’une dissolution bien méritée de ses composantes.

Je sens voler en moi les oiseaux du génie
Mais j’ai tendu si mal mon piège qu’ils ont pris
Dans l’azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon cœur brisé râle son agonie.

Émile Nelligan (Je sens voler)

dimanche 23 septembre 2007

Cuba : le Phénix renaît


Fidel Castro étreint fortement le peuple cubain, son peuple, en réponse à son interviewer qui lui demandait quel message il souhaitait transmettre à la population de l’île. De fait, après trois mois de silence, le lider maximo est réapparu au réseau de télévision Cubavisión, vendredi, après trois mois d’absence.

Dans cette entrevue d’une heure, le leader cubain s’est exprimé lentement, mais clairement, quoique visiblement vieilli, à 81 ans. Il a abordé des sujets aussi variés que la baisse du cours du dollar américain et de la hausse du prix du baril de pétrole maintenant à 84 $, confirmant que l’entrevue a bel et bien eu lieu vendredi, à la grande déception de ses ennemis toujours actifs en territoire des États-Unis.

L’interviewer, le journaliste Randy Alonso, n’a pu se retenir de faire sourire le père de la révolution cubaine en mentionnant que les Cubains en exil à Miami allaient tomber sur le dos en visionnant cette vidéo. Rappelons que l’an dernier, Little Havana, le quartier où réside la plus grande concentration de Cubains en Floride, était en liesse en apprenant la maladie de Fidel Castro et célébrait déjà son décès en apprenant que celui-ci tardait à se remettre d’une opération intestinale.

Castro a également abordé la question de la guerre en Irak et a référé au livre d’Alan Greenspan, l’ex-président de la Réserve fédérale américaine, qui souligne que cette guerre avait été motivée par le pétrole de la région du Moyen-Orient. Il a également parlé de la baie des Cochons, inévitable, et des Américains qui doivent vivre sans protection d’assurance maladie.

La dernière entrevue de Castro remontait au début du mois de juin. Le long silence de l’été a été propice à tous les doutes sur sa santé et, même, sa mort. Les rumeurs surgissaient régulièrement et les spéculations allaient bon train au sujet du moment et dans quelles circonstances son décès allait être annoncé. La diffusion de l’entrevue de vendredi met ainsi fin à ces rumeurs.

Le lider maximo s’est prêté à cette entrevue d’une heure (on est loin de ses marathons oratoires Place de la Révolution) revêtu de son survêtement de sport bleu, blanc, rouge. En passant, son entourage aurait tout intérêt à lui conseiller une autre tenue vestimentaire à l’occasion de ses prochaines sorties, si sa santé le lui permet. Reconnaissons-le, il apparaît encore loin d'être en mesure de s’engager dans une piste de jogging.

Ainsi, je croyais voir, chêne, à ta voix superbe,
Des barbares armés sortir de dessous l’herbe,
Et nos bords se couvrir de profondes forêts…

François-Xavier Garneau (Le vieux chêne)

samedi 22 septembre 2007

Jeanson - Floglia : pédaler à distance


Le journaliste n’est pas déçu, ni dépité. Le chroniqueur de La Presse, Pierre Foglia, aujourd’hui, place les projecteurs à côté de Geneviève Jeanson. Il n’apporte guère plus d’éclairage sur ses liens professionnels avec la cycliste. Il n’empêche que la relation entretenue entre le journaliste Foglia et la vedette cycliste Geneviève Jeanson mérite qu’on s’y arrête. Pas question de faire la leçon, juste quelques observations.

La distance critique entre un professionnel de l’information et son sujet est l’un des éléments essentiels de l’objectivité indispensable au journaliste. L’objectivité qui est une notion à géométrie variable. Quand la ligne se franchit entre le reporter et le défenseur, le journaliste se retrouve sur la corde raide. Raide à tel point qu’elle risque de se rompre.

Foglia, envers et contre tous, a toujours défendu Geneviève Jeanson et son entraîneur. Il peinait, parfois, à trouver les qualificatifs pour décrire les exploits de celle qui accumulait les victoires et il la voyait dans les compétitions de haut niveau mondial.

Quand, début août, la télé de Radio-Canada entreprend la promotion de la première de la nouvelle émission d’affaires publiques, ENQUÊTE, animée par Alain Gravel, Foglia, en apprenant qu’il allait y avoir confession de la part de Jeanson et accusation à l’endroit de l’entraîneur André Aubut, apparaît comme quelqu’un qui est sonné et s’indigne presque de cette « traîtrise » à son endroit.

Le journaliste écrit, dans sa chronique du 8 août :

« Retenez-moi bien quelqu’un… Combien de fois, mon collègue Pierre Hamel et moi nous sommes-nous portés à la défense de Mlle Jeanson à une époque où tous les médias la traînaient dans la boue? Combien de fois me suis-je personnellement commis? Il ne me souvient pas qu’elle ne m’ait jamais payé en retour de la moindre confession. Il est vrai que je ne m’en attendais pas. Je pensais bêtement qu’elle était mon amie. » Naïveté et sentimentalisme ne caractérisent pas d’ordinaire le Foglia s’en va-t-en prose.

Ces propos alimenteront à coup sûr les cours éthique et journalisme en faisant ressortir les termes « défense », « personnellement », « payé en retour », « confession », « amie ». Des mots qui illustrent la trop grande proximité entre le reporter et son sujet et qui évacue tout sens critique. Le journaliste s’est mué en militant, en avocat de la cause Jeanson.

M. Foglia se demande comment il se fait que Mme Jeanson ne se soit pas confiée à lui. Sans jouer les psychologues de salon, est-il possible de conclure que Geneviève Jeanson aurait été incapable de se raconter à Pierre Foglia? Elle avoue d’ailleurs : « Ce qui me fait le plus mal, c’est d’avoir menti au monde qui me croyait. Je ne savais pas quoi faire. » Une partie du monde qui la croyait s’appelle Foglia. Peut-on se livrer à l’un de ses défenseurs à qui l’on mentait en toute connaissance de cause? Peu probable.
Voilà pourquoi Geneviève Jeanson a tout déballé à Alain Gravel qui n’avait entretenu aucun lien avec elle et qui lui permettait de se décharger d’un lourd fardeau tout en signifiant ses excuses à ceux qui ont cru en elle.

Si quelque ange te frustrait d'un désir, ce serait moi la fraude cachée de la malédiction.
(Présence de l’absence, Rina Lasnier)

vendredi 21 septembre 2007

République dominicaine : les plages et le rhum pas pour tous


Les plages et les complexes touristiques tout inclus sont des attraits certains quand vient la bise hivernale. Sauf qu’au moment où les touristes québécois, canadiens ou américains sirotent un verre, en se prélassant dans la piscine ou en déambulant pieds nus dans le sable fin et chaud, à quelques kilomètres de là, des travailleurs coupent la canne à sucre, dont la mélasse fermentée, sera offerte sous forme de rhum.

Et bon nombre de ces travailleurs sont d’origine haïtienne. Ils sont entre un demi-million et un million, femmes et enfants compris, sans papiers, sans patrie et sans droit de parole. Jusqu’au 23 septembre, à Montréal, une série d’événements spéciaux fait état de cet esclavage moderne dans le cadre du troisième Festival du film haïtien.

Dans ces plantations ou « bateys » peinent pour, des salaires misérables, ces haïtiens devenus apatrides qui ont le choix entre tolérer leur situation dominicaine ou retourner dans leur pays d’origine où leur statut sera loin d’être acquis et où perdure une situation intenable marquée par la les tueries entre factions ennemies et les enlèvements.

Depuis plusieurs décennies, les Haïtiens fuient les persécutions et la situation économique désastreuse de leur pays. Cela remonte aussi bien à l’époque des Duvalier, papa et baby doc, qu’à celle, plus récente, des gouvernements instables ou putschés par les États-Unis (Aristide). Ceux qui en ont les moyens émigrent vers l’Amérique du Nord ou l’Europe. Les autres traversent la frontière qui les sépare de la République dominicaine sur l’île d’Hispaniola que les deux pays se partagent.

Selon un rapport publié au début de 2007 par Amnistie internationale, « l’activité des plantations de sucre privées et nationalisées repose sur l’importante réserve de travailleurs haïtiens qui reçoivent des salaires dérisoires et qui sont soumis à des conditions de travail déplorables que la plupart des Dominicains ne sont pas prêts à accepter ».

L’essor de l’industrie touristique en République dominicaine a accentué l’arrivée d’une nouvelle vague d’immigration haïtienne vers la fin des années 80 et le début des années 90. Mais toujours, selon l’organisme de défense des droits humains, « les lois et politiques relatives à l’immigration sont mises en œuvre de manière incompatible avec les normes internationales.

Fréquemment, les agents d’immigration dominicains refusent de reconnaître les papiers des migrants haïtiens sous prétexte qu’ils sont faux ou falsifiés. Planent alors le choix entre l’expulsion vers Haïti ou la docilité face à des conditions de travail et de vie inhumaines.

Lors d’un prochain séjour en République dominicaine, les touristes vivant à proximité de champs de canne à sucre auraient intérêt à faire leur jogging ou leur marche de santé un peu avant l’aube. Ils observeront peut-être l’arrivée aux champs de pleins camions d’hommes, femmes et enfants qui entreprennent une pénible journée de travail qui se s’achèvera au crépuscule. Une interminable journée qui leur procurera un salaire inférieur à la valeur d’un apéro servi aux touristes rassemblés au bar.