mercredi 31 octobre 2007

Au Québec: identité, commission, politique; commission, identité, politique; politique, commission, identité…


Qui n’a pas un jour rêvé d’assister au festival western d’Hérouxville en Mauricie? Pourtant, ça vaut le détour car Hérouxville illustre la profondeur abyssale de certains villages québécois. Il y a aussi Lamarche au Lac Saint-Jean où les Français sont exécrés.

À Hérouxville, donc, un génial conseiller municipal a imaginé un « code de vie » original qui interdit, entre autres choses, la lapidation et l’excision. Le conseiller André Drouin a omis (volontairement?) la lobotomie, ce qui lui permettrait peut-être de recouvrer la raison.

C’est l’élaboration de ce code de vie, qui s’ajoutait à un certain nombre de demandes d’accommodements formulées par quelques membres de groupes religieux, qui a permis à Mario Dumont d’entreprendre la course à la négation de l’autre, de céder le relais à un Jean Charest paniqué par l’ampleur du débat et qui n’a rien trouvé de plus courageux que de s’en décharger sur le dos d’une commission. Cette commission sera finalement appelée à trancher une question politique, l’identité québécoise, à la place des responsables politiques. Ponce Pilate a bien des émules.

L’identité selon Marois

Pauline Marois et le Parti québécois ont pris le taureau par les cornes et ont élaboré un projet de loi sur l’identité québécoise. Réaction de Dumont: horreur! Cachez ce sein que je ne saurais voir. Et Charest, ne voulant pas être en reste face au chef de l’ADQ, dépêche au créneau la porte-parole de la Commission des droits de la personne qui affirme que le projet de loi veut interdire l’éligibilité des nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas le français. Ce n’est pas ce que dit le projet de loi qui parle de l’acquisition de la citoyenneté qui mène à l’éligibilité.

Cette commission, normalement, prend connaissance d’un problème qui lui est soumis, en analyse les tenants et aboutissants et, quelques mois, dans certains cas, quelques années plus tard, rend son jugement sur la question.

Ici, pas de tataouinage. Le bureau du premier ministre a appelé, passé sa commande et subito presto voilà la réaction de la commission. Le tout sans avoir entendu les parties en cause et leur argumentation. Si ce n’est pas de la justice expéditive, qu’est-ce que c’est?

Une autre commission prend le pas sur le politique. Et, dans cette ornière si bien tracée viennent s’enfiler les B’nai Brith et l’Association des manufacturiers et exportateurs, deux groupes marqués d’un esprit notoire de progrès social.

Que dit au juste le projet de loi Marois au sujet de l’identité et de la citoyenneté québécoise? Qu’une commission soit mise sur pied pour proposer une constitution; que la Charte des droits prévoit que, pour obtenir la citoyenneté québécoise, il faille posséder une connaissance appropriée de la langue française; que toute personne ayant sa citoyenneté québécoise soit éligible, puisse financer un parti politique et adresser des pétitions; que toute personne ait droit à l’apprentissage de la langue française; que les diverses modalités de la Charte de la langue française s’appliquent aux entreprises qui comptent au moins 10 salariés au lieu de commencer là où il y en a 50 comme c’est le cas présentement; que le droit d’enseigner soit acquis après la réussite d’un examen attestant de la maîtrise du français; que le régime pédagogique s’attache à l’histoire du Québec, à l’apprentissage et la maîtrise la langue et à la valorisation de la culture québécoise.

La connaissance du français est le préalable à la citoyenneté qui est le préalable à l’éligibilité.

C’est vrai que c’est scandaleux tout ça, ça pourrait donner l’impression qu’on vit dans un état qui nous ressemble. En fait, ce qui est le plus incroyable, c’est que ça ne prévoit pas s’appliquer aux Québécoises et Québécois « de souche » qui pourraient devoir apprendre le français avant de passer à l’assaut des tribunes téléphoniques.

Mais pour B’nai Brith, c’est xénophobe et c’est une réglementation qui minera la rentabilité des PME, selon les manufacturiers. Analyses approfondies.

Un trait caractéristique de l’identité québécoise : savoir gouverner sans le faire. Qu’est-ce qu’on deviendrait s’il n’y avait pas de commissions?

Il vous arrange les mots comme si c’étaient de simples chansons
Et dans ses yeux on peut lire son espiègle plaisir
À voir que sous les mots il déplace toutes choses
Et qu’il en agit avec les montagnes
Comme s’il les possédait en propre.
Il met la chambre à l’envers et vraiment l’on ne s’y reconnaît plus
Comme si c’était un plaisir de berner les gens.


Saint-Denys Garneau (Le jeu)

lundi 29 octobre 2007

Amérique: jamais deux sans trois?


Amérique
Jamais deux sans trois?

Après le Chili, c’est au tour de l’Argentine d’élire une femme à la présidence du pays, les Sud-américains défiant ainsi leur solide réputation de machistes en tous genres. Cristina Fernández de Kirchner succèdera de la sorte à son conjoint, le président sortant, Néstor Kirchner.

Cette ascension des femmes vers le pouvoir au sein de deux pays d’Amérique du sud aux prises avec les reliquats des années dictatoriales de Pinochet, au Chili, et des généraux Videla, Viola et Galtieri, en Argentine démontre à la face du monde que l’histoire et les peuples ne sont pas amnésiques.

Au Chili de Michelle Bachelet, bien que le dictateur Pinochet soit décédé tout en demeurant impuni des crimes odieux commis sous sa gouverne, sa famille hérite des conséquences de ses exactions. De fait, sa veuve, Verónica Pinochet Hiriart, et ses cinq enfants sont confinés à résidence depuis près d’un mois sous des accusations de corruption, de détournement de fonds de l’état et de blanchiment d’argent. Vingt-trois autres membres de familles de militaires de l’entourage de Pinochet sont également visés par ces accusations.

Ce sont 27 millions $ qui sont en jeu, bien que des observateurs bien au fait de la situation, évaluent les sommes dérobées par Pinochet et son entourage atteindraient 100 millions $ et auraient transité par la Riggs Bank de Washington, vendue en 2005.

Cependant, juste retour des choses, en plus du fait que le dossier Pinochet soit toujours actif après sa mort, l’accession à la présidence de la première femme à la tête du pays, marque également une profitable stabilité économique qui se traduit, cette année, par des surplus dans les coffres gouvernementaux. Le débat, dans un Chili rétabli de la situation désastreuse dans laquelle l’avait laissé les années Pinochet, porte maintenant sur la manière dont le gouvernement Bachelet disposera de ces surplus qui proviennent en bonne partie de la production de cuivre dont les prix mondiaux sont à la hausse.

Une Argentine sur les rails

En prenant la relève de son conjoint, Cristina Fernández hérite d’un pays qui s’est rétabli sur le plan politique et économique.

Néstor Kirchner, péroniste de tradition et militant de gauche de conviction, en accédant à la présidence, en 2003, a impulsé à son pays un vigoureux rebond des principaux indicateurs économiques. Cette séquence suivait deux années de dramatique effondrement financier.

Bien qu’il se présente sous un jour péroniste, Perón ayant joué à la fois du populisme et de la répression, les droits de la personne sont demeurés une priorité pour Kirchner qui a notamment parrainé la création d’un musée dans l’École de mécanique de la marine, où fonctionnait l’un des plus importants camps clandestins de détention et de torture pendant la dictature militaire (1976-1983). En 1977, la Commission argentine des droits de la personne à Genève évaluait à 2 300 les assassinats politiques, à quelque 10 000 les arrestations et de 20 000 à 30 000 le nombre de personnes disparues.

L’arrivée de Cristina Fernández en Argentine et la saine administration de Michelle Bachelet au Chili, ouvriront-elles la voie politique à une Hillary Rodham Clinton qui aspire la présidence de son pays? Et la présence de ses femmes progressistes permettra-t-elle de briser le mythe selon lequel les femmes dans le monde politique épousent trop souvent des positions conservatrices?

Et d’autres feuilles vivent
Parmi la clarté vive,
Dansantes dans le vent
Qui fait vibrer l’arbre mouvant
Comme des lyres, autour des nids fervents.


Edouard Chauvin (Semblables aux filles…)

vendredi 26 octobre 2007

Floride : les Républicains débattent à droite, un Guatémaltèque se débat pour ses droits


Le titre de candidat à la présidence est loin d’être acquis dans le camp républicain, même si l’ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, détient une certaine avance sur ses sept adversaires après le débat d’Orlando en Floride qui s’est déroulé dimanche dernier.

Sauf que pour conserver ce mince avantage dans la course, Giuliani doit courtiser, malgré ses évidentes réticences, la droite conservatrice. Et ses adversaires ne cessent de comparer ses valeurs à celles défendues par Hillary Rodham Clinton qui leur apparaît comme l’adversaire à abattre à mesure que progresse dans le camp démocrate la course à l’investiture.

L’ex-maire de la Big Apple, devant le Family Research Council, la semaine dernière, donnait l’assurance que, malgré son appui au droit à l’avortement, il ferait en sorte que leur nombre diminue. En outre, a-t-il ajouté, il nommera des juges d’obédience conservatrice, appuiera le libre choix à l’école et mènera les États-Unis à la victoire en Irak. « Ma foi en Dieu et ma confiance dans sa sagesse est au centre de ce que je suis. N’est-il pas mieux que j’affirme mes croyances au lieu de changer d’opinion selon la direction du vent? »

Un fait demeure, et le débat d’Orlando l’a démontré, les Républicains sont divisés, fortement divisés, et le seul ancrage qui les retient à la fragile plateforme qu’ils défendent est la menace que représente Hillary Clinton, dont le spectre du populaire conjoint, vient hanter leurs nuits perturbées.

La division est si profonde au sein du parti républicain que des observateurs n’écartent pas la possibilité de voir surgir un troisième parti à droite de l’échiquier politique américain, ce qui viendrait amoindrir davantage les chances des Républicains.

La Floride, demeure un état baromètre important, le président Bush lui devant sa victoire de l’an 2000 grâce à la courte avance qui il y a enregistrée.

Giuliani demeure le favori des Républicains floridiens. Les fonds récoltés auprès de son électorat le démontre : Giuliani a amassé, jusqu’ici, près de 950 K $. Le plus près de ses adversaires est Mitt Romney, ancien gouverneur du Massassuchetts, avec près de 700 K $.

Mais en Floride, ce sont les Démocrates qui ratissent le plus, Hillary Clinton ayant recueilli près de 1,5 million $ et Barrack Obama près de 800 K $.

Il veut son butin

Pendant que les candidats démocrates et républicains à la présidence des États-Unis comptabilisent leurs centaines de milliers ou de millions de dollars pour se propulser vers la Maison blanche, un ex-laveur de vaisselle courent après les 49 000 $ qu’il a grappillés de peine et de misère pendant 10 ans.

Pedro Zapeta est un immigrant guatémaltèque sans papiers qui a trimé dans les restos du comté de Stuart en économisant sou par sou jusqu’à ce qu’il se retrouve avec un magot de 59 000 $. Il y a deux ans, M. Zapeta décide de retourner dans son pays avec son argent en poche.

Mal lui en prit. Les agents des douanes de l’aéroport de Fort Lauderdale ne l’entendent pas ainsi. M. Zapeta déclare la somme d’argent qu’il a en sa possession. Rien d’illégal à ce stade. Sauf que, il lui aurait fallu remplir un formulaire à l’effet qu’il avait plus de 10 000 $ en liquide.

Dans sa sagesse, un juge de district lui a permis de conserver les 10 000 $ autorisés, mais a saisi les 49 000 $ restants à titre d’amende civile. La cause a été portée en appel à Atlanta. Mais le temps presse, M. Zapeta doit se conformer, au plus tard en janvier, à un avis de déportation puisqu’il séjourne illégalement aux États-Unis. Pendant ces 10 années vécues aux USA, il a dûment payé taxes et impôts sur les 12 000 $ à 15 000 $ qu’il touchait annuellement.

La riche Amérique n’a que faire des pauvres qui l’entourent. La loi c’est la loi et son ignorance est impardonnable même s’il n’y a que quelques lignes d’un formulaire qui vous sépare de son respect.

Ma voix vibre et tremble
Dans le monde vide.
Ah! Que le monde est sourd,
Ah! Que ma voix tremble.


Anne Hébert (Ballade d’un enfant qui va mourir)

mercredi 24 octobre 2007

Le cœur a ses raisins, que le raisin ne reconnaît point


Le retour de l’automne marque le temps des vendanges. Et les vendanges sont la manifestation de quelques visionnaires qui s’entêtent à donner au Québec une production viticole qui se bonifie d’année en année, au prix d’efforts et de sacrifices sans aucune commune mesure avec les retombées financières qu’ils en récoltent.

Ces vignobles s’appellent l’Orpailleur, les Coteaux blancs, le Domaine du Ridge, le Marathonien, le Mérou, le Cep d’argent et ainsi de suite. Ils récoltent des dizaines de milliers de kilos de raisins chaque année, les pressent, en extraient le jus, le font fermenter, le mettent en bouteille et attendent que les amateurs s’aperçoivent qu’eux et leurs vins (blancs, rouges, rosés, de glace) existent. Ce sont des gens qui ont le cœur aux raisins. La problématique est semblable pour les producteurs de cidre ou d’hydromel.

Un organisme dispose de tous les moyens pour résoudre les difficultés de mise en marché auxquelles se heurtent ces producteurs artisanaux : la Société des alcools du Québec (SAQ). Tentez l’expérience de rechercher un vin régional dans une succursale de la SAQ de la Montérégie ou de l’Estrie. Vous y parviendrez peut-être mais ce sera parce que le directeur de l’endroit aura multiplié les interventions auprès de ses supérieurs pour leur trouver un emplacement intéressant, sous la pression du milieu.

La province de l’Ontario produit également de nombreux crus, certains plus heureux que d’autres… Enfin, la Liquor Control Board of Ontario (LCBO) déploie suffisamment d’énergie et d’espace dans ses succursales pour que 40 pour cent des bouteilles qu’elle vend proviennent de la production viticole locale. Du côté québécois, société distincte quand elle s’en donne la peine, on dénombre un minime 0,4 pour cent des ventes sous l’étiquette production viticole autochtone.

Et que répondent les responsables de la SAQ quand le problème leur est soumis? La LCBO est mandatée pour faire la promotion des alcools ontariens; au Québec, la SAQ a un mandat de détaillant seulement. Or, dans les ouvrages traitant de commerce au détail, ce qui se nomme marketing-mix s’attache à quatre notions : le produit, la promotion, la distribution et le prix. Ainsi, les dirigeants de la SAQ n’ignorent que la promotion dans la mission qui incombe à l’organisme.

Personne à la direction de la SAQ ne s’est jamais penché sur la question pour en déduire que ce serait peut-être une bonne idée de promouvoir les produits du Québec, sans que le gouvernement en donne l’ordre. Quel sens de l’initiative! Quand Wall-Mart est capable d’une politique « québécoise » d’achat, c’est impossible pour la SAQ?

Aborder la question de la promotion des produits viticoles du Québec sous le seul angle du mandat dévolu à l’organisme de détail des produits alcoolisés relève d’une approche bureaucratique maladive qui freine la productivité si chère aux lucides. De toute évidence, dès qu’on organisme atteint une certaine taille, qu’il soit gouvernemental, patronal, syndical, de service public ou autre, la bureaucratie y fait son nid, y multiplie les règles et impose sa loi, même à l’encontre de toute logique.

Les « réglementaristes » ou concepteurs de règles ignorent la réalité du terrain pour prescrire la démarche à suivre pour que rien ne dépasse du cadre bureaucratique esquissé à la force du poignet contre des résistants qui se fondent sur un empirisme vraiment méprisable puisqu’orienté vers la vie quotidienne. Ce paradigme ne peut souffrir d’exceptions, celles-ci risquent de remettre en question un système maintenant compris par la chaîne décisionnelle. Hors de ces règles point de salut.

Titre d’un prochain ouvrage sur la bureaucratie : ces raisins qui nous gouvernent ou les raisins de la colère?

La SAQ commandite toutefois une émission télévisée à TVA au titre original de « Tchin, tchin » qui fait la promotion (oups! il semblait que ce n’était pas dans le mandat) des produits payants en vente dans les succursales de la société. Ça, c’est de l’heureuse initiative! Parce que ça paie!

La direction de la SAQ voudrait susciter un mouvement favorable à la privatisation de ses activités qu’elle ne saurait mieux s’y prendre et les candidats à la relève seraient légion.

Dans un théâtre de verre
Fidèle à son geste de plâtre
Il joue le pas
D’une robe
Arrêtée


Cécile Cloutier (Mains de sable)

lundi 22 octobre 2007

Bolivie : rapprochement avec l’Iran, ONU hors USA, ex-ministre poursuivi et saisie d’un aéroport


La Bolivie du président Evo Morales vit des moments singuliers et énigmatiques.

Le président bolivien a profité de la visite controversée du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à l’assemblée générale de l’Organisation des nations unies (ONU) à New York, pour l’inviter à lui rendre visite dans son pays, voulant de la sorte démontrer qu’il fait partie du club des pays riches en ressources énergétiques qui sont opposés aux États-Unis et à leur politique extérieure.

Déjà dans le collimateur du département d’État américain, en raison des liens étroits qu’il entretient avec le président cubain, Fidel Castro et son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, Evo Morales semble s’ingénier à provoquer George W. Bush pour qui les mots Irak, Iran, Castro, Chavez sont non seulement honnis, mais bannis de son vocabulaire sauf pour les vilipender un à un ou ensemble.

L’objectif de cette rencontre irano-bolivienne, affirme le gouvernement bolivien, se limite au rétablissement de relations diplomatiques entre les deux pays et à la signature d’accords commerciaux. Mais cela est déjà trop pour un gouvernement américain tenant, plus que jamais, de la doctrine Monroe qui veut que l’Amérique du Sud demeure la cour-arrière des États-Unis où ne viennent jouer que les nations qui y sont invitées.

Délocaliser l’ONU

Dans son discours prononcé devant l’assemblée générale de l’ONU, le président Morales a suggéré la « délocalisation » de l’organisation internationale dont le siège est à New York. Les propos du président, rapportés par le journal La Razón de La Paz, découlaient des difficultés rencontrées par les membres de sa délégation à obtenir des visas. « Mes ministres indiens, affirme Morales, sont soumis à des contrôles heure par heure et certains d’entre nous ont subi des menaces du maître de maison, le président Bush… Je pense que nous, les présidents, les nations, devons penser à déplacer le siège des Nations unies. »

Un coup de fil au maire Gérald Tremblay de Montréal qui a des projets pour l’ONU.

Tout pour détendre l’atmosphère avec Washington.

Ex-ministre poursuivi

Des accusations de crimes contre l’humanité, déposées au Maryland et en Floride, visent l’ex-président et l’ex-ministre de la Défense de la Bolivie qui auraient, selon ces poursuites, provoqué la mort de 67 personnes, dont des enfants, lors d’émeutes survenues il y a quatre ans.

Carlos Sanchez-Berzain, ex-ministre de la Défense, se dit heureux de ces accusations qui lui permettront de faire éclater la vérité. De fait, M. Sanchez-Berzain impute les faits survenus au président Morales qui, à l’époque, était, selon lui, à la tête des planteurs de coca et des chefs syndicaux qui menaient la rébellion anti-gouvernementale. Le mouvement, d’après l’ex-ministre, s’inspirait de l’idéologie cubaine et était même financée par le gouvernement vénézuélien.

« Je suis un réfugié politique, poursuit le politicien, persécuté par l’actuel gouvernement bolivien. » Sanchez-Berzain vit maintenant à Pinecrest en Floride.

Les mêmes accusations ont aussi été déposées dans l’état du Maryland à l’endroit de l’ex-président du pays, Gonzálo Sanchez de Lozada, qui impute lui aussi la responsabilité des événements à l’actuel président.

Saisie d’un aéroport

Le principal aéroport de Bolivie, situé à Santa Cruz, est passé aux mains des résidants de cette localité qui réclament des compagnies aériennes qu’elles leur versent directement les droits d’atterrissage et de décollage, plutôt que de les remettre aux autorités gouvernementales.

Armée et police militaire ont été dépêchées sur les lieux pour redonner le contrôle des lieux à l’administration des installations aéroportuaires, en vain. Les habitants du lieu ont résisté aux soldats et policiers qui n’ont pu faire fléchir la résistance.

La région de Santa Cruz, financièrement plus à l’aise que les autres du pays, réclame davantage d’autonomie du gouvernement central avec, à sa tête, le président local Rubén Costas qui incite les résidants à poursuivre leur action.

Le président Morales semble, pour le moment, décider à se rendre aux exigences régionales afin d’éviter un affrontement. La région de Santa Cruz s’est opposée systématiquement aux politiques gouvernementales de nationalisation et de redistribution des richesses envers les populations démunies du pays.

Un président sud-américain indomptable qui se permet de vouloir punir des crimes commis dans son pays et qui défie le dirigeant de la plus forte armée du monde, ça mérite peut-être une bonne leçon.

La saisie de l’aéroport donne une impression de déjà vu alors qu’un président chilien, démocratiquement élu, s’est buté, en 1973, à une grève générale des camionneurs, et surtout des employeurs de ces camionneurs, qui a affaibli le pays au point de rendre possible un coup d’état, fomenté par la Central Intelligence Agency (CIA) américaine. Si, effectivement, on assiste à un scénario inspiré du drame chilien, on ne peut dire que l’imagination est à l’honneur à Langley, Virginie.

Je suis Caïn, je suis Judas, je suis tout homme
Qui frappe son semblable et fait périr son Dieu;
Je suis le déicide et le frère envieux.
Des crimes des humains j’ai fait en moi la somme.


Gustave Lamarche (Refugium peccatorum)

vendredi 19 octobre 2007

Un présent affiché dans la discorde


L’affichage ostentatoire de symboles religieux ne cause pas des remous qu’au pays du Québec. Si le maire de Saguenay tient à sa prière publique et l’Assemblée nationale à son crucifix, voilà que le gouverneur de la Floride, Charlie Crist, orne la porte de son bureau du Capitole de Thallahassee, capitale de la Floride, d’un symbole religieux juif.

Bien qu’il ne soit pas de religion juive, le Républicain Charlie Crist a décidé d’apposer, bien en vue, un « mezuzah » : un écrin contenant l’extrait d’un texte sacré hébraïque, cadeau du leader en chambre de la majorité républicaine, M. Adam Hasner, de Delray Beach.

Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire de l’Union américaine des doits civiques, dont le directeur exécutif de la section Floride, Howard Simon, note : « Un symbole religieux est un symbole religieux, qu’il soit chrétien, juif ou islamique. Les gens ont parfaitement le droit d’installer de tels symboles sur leur propriété privée, mais le gouvernement a le devoir de demeurer impartial. Je crois que le gouverneur erre gravement en faisant endosser par l’état un symbole religieux juif. »

Charlie Crist lui réplique : « Je souligne la diversité de la Floride avec ses multiples religions, ses diverses nationalités et ses occasions de réussite. » Et, dans un communiqué remis aux médias juifs, le gouverneur en rajoute : « Pouvoir exposer un symbole religieux est aussi fondamental que le fait d’exercer ses croyances religieuses. » Cependant, le gouvernement semble oublier qu’en 2005, la Cour suprême des États-Unis a statué que le Kentucky ne pouvait installer une copie des « dix commandements » dans un palais de justice de l’état.

Il n’est guère étonnant de constater qu’un politicien républicain affiche de la sorte son penchant en faveur de la religiosité. En effet, les candidats à l’investiture présidentielle du Parti républicain courtisent à qui mieux mieux la droite religieuse qui dispose d’un poids politique disproportionné eu égard à son poids démographique. Mais il s’agit d’un groupe tenace qu’aucune épreuve ou dénonciation ne terrasse.

Pourtant les loisirs préférés de cette droite, qui s’incarne dans le « newbornisme » du président Bush, celui qui est né de nouveau après avoir touché les bas-fonds, semblent être la politique, tant son lobby est puissant, le tir au pistolet, tant elle défend la National Rifle Association et son plaidoyer en faveur de la possession d’armes et… le sexe, surtout avec des mineurs. Pas une semaine ne se passe sans qu’un religieux, un organisateur politique, ou un politicien de cette droite ne se voient accuser d’agression sexuelle ou autre délit en découlant. Ces gens n’hésitent pas à s’identifier sous le vocable de majorité morale.

Ce sont ces personnes qui affirment que les gais sont malades, qui combattent le recours à l’avortement, qui voulaient destituer Bill Clinton pour ses incartades et qui, bien entendu, soutiennent le recours à la peine de mort. Leur slogan serait-il : faites ce que je dis, pas ce que je fais?

Le gouverneur Crist, en agissant comme il le fait lance un message : que ce soit la bible, le coran ou l’évangile, le Parti républicain demeure le parti de la droite religieuse et qu’il faudra se le rappeler au moment d’aller aux urnes le 4 novembre 2008. C’est ce qui s’appelle gouverner accommodant son monde.

Ah frères, tressaillez de joie en m’accueillant!
Dieu fit surgir la fleur d’au-dedans de la graine;
Lui seul sait nous guérir sous le fer ruisselant :
Il arrache le fruit de l’inutile gaine
Et de se trouver nu le cœur est tout tremblant.


Simone Routier (Psaume)

mercredi 17 octobre 2007

Le NPD flotte mais pourra-t-il surfer?


Avec l’élection de Thomas Mulcair au cours de l’élection partielle dans la circonscription d’Outremont, le Nouveau parti démocratique (NPD) de Jack Layton flotte comme sur un nuage. Mais saura-t-il surfer sur cette vague d’enthousiasme et ce succès d’estime jusqu’à l’élection générale?

Le NPD n’a jamais entretenu beaucoup d’espoir au Québec, sauf au milieu des années 80 où un sursaut est survenu et s’est concrétisé dans l’élection de Phil Edmonston, ex-président de l’Association pour la protection des automobilistes (APA), sur la Rive-sud en 1990. Edmonston démissionnera en cours de route et le NPD retournera dans les limbes politiques québécois.

Mais cette éclaircie dans le sombre passage du NPD au Québec a été pour le moins furtive quand ce parti a montré son vrai visage à l’occasion des discussions autour de l’accord du Lac Meech. Le NPD a tergiversé estimant que le palier fédéral cédait trop de pouvoirs aux provinces, affaiblissant de la sorte le gouvernement central. Finalement, à l’est, le libéral Clyde Wells, premier ministre de Terre-Neuve, reniait sa parole, et, à l’ouest, le néo-démocrate manitobain, devenu député indépendant, Elijah Harper, profitait d’une égalité des voix dans son parlement pour s’opposer à l’accord et le torpiller corps et biens.

Bob Rae a fait élire, en 1990, un premier gouvernement du NPD à l’Assemblée législative de l’Ontario. Après avoir subi la défaite dans sa province, Bob Rae a accepté divers mandats du gouvernement fédéral pour, finalement, cette année, se lancer dans la course au leadership du… Parti libéral du Canada (PLC). Le jupon peut-il dépasser davantage?

Lors des négociations constitutionnelles de 1981, qui devaient mener au rapatriement unilatéral de la constitution en 1982, on retrouvait parmi les principaux alliés de Pierre Elliott Trudeau, de la ligne dure de la centralisation des pouvoirs entre les mains d’Ottawa, Allan Blakeney, premier ministre du Manitoba, et Roy Romanow, procureur général de la Saskatchewan, tous deux élus sous les couleurs du Nouveau parti démocratique dans leur provinces respective. Roy Romanow, notamment, a joué un rôle particulièrement crucial à l’occasion de cette fameuse nuit des longs couteaux qui devait isoler le Québec et l’écarter de toute entente.

Aujourd’hui, donc, le sauveur néo-démocrate québécois serait Thomas Mulcair, démissionnaire amère du Parti libéral du Québec. Offusqué de se voir écarter du cabinet des ministres par Jean Charest, M. Mulcair claque la porte et joint les rangs du NPD. Élu dans Outremont à la faveur d’une élection partielle, il se voit maintenant à la tête d’une aile néo-démocrate québécoise capable de se mesurer au PLC, c’est possible, au Parti conservateur, possible aussi, et au Bloc québécois, ça reste à voir.

D’évidence, Jack Layton et Thomas Mulcair sont fascinés par ce miroir aux alouettes que constituent les résultats d’une élection partielle. Outremont n’est pas le Québec; et le Outremont d’une partielle n’est pas le milieu naturel de l’électorat de l’endroit.
Le NPD et Thomas Mulcair gonflent leurs biceps en intervenant sur divers dossiers concernant le Québec, tentant de la sorte de créer un intérêt au sein de l’électorat sur la transformation en cours au sein du NPD. Dernière intervention en date : dénonciation du projet de port méthanier à Lévis.

Aux accusations de centralisme historique observé chez le NPD, MM. Layton et Mulcair rétorquent en citant des prises de position qui vont dans le sens des courants politiques épousés par la population québécoise : scepticisme à l’endroit de l’Afghanistan, les frais aux guichets automatiques, les prix de l’essence… (La Presse 28 septembre 2007).

Une chose est cependant certaine : Thomas Mulcair est un fédéraliste convaincu, il l’a toujours démontré et le NPD représente pour lui un nid douillet en autant qu’il réussisse à se faire réélire, seul ou avec d’autres.

D’autres autour de toi, comme de riches fûts,
Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste;
Et toi-même, aujourd’hui, sait-on ce que tu fus?


Phamphile Le May (À un vieil arbre)