lundi 5 novembre 2007

Antilles et Mexique pas de cadeau de Noël


L’ouragan Noël aura été le plus meurtrier et dévastateur de la saison 2007. Et c’est l’île d’Hispaniola, partagée en la République dominicaine et Haïti, qui présente le pire bilan : 141 morts jusqu’ici (84 en République, 57 en Haïti); la Jamaïque et les Bahamas rapportent également un décès chacun.

La présence des troupes de maintien de la paix des Nations unies, sous le commandement du major général Carlos Alberto Dos Santos Cruz, du Brésil, n’a pas empêché les pillages et les menaces à la sécurité personnelle de la population. Ainsi, des réfugiés de Cité Soleil, en banlieue de Port-au-Prince, rassemblés dans des abris, ont accusé les forces de l’ONU d’avoir déserté l’endroit et ainsi permis que des hommes armés de machettes envahissent les lieux en menaçant violer les jeunes femmes présentes.

Les autorités haïtiennes sont prises à partie avec véhémence, par les forces extérieures en place et par l’intérieur.

Le général responsable des forces de l’ONU soutient que c’est au gouvernement haïtien d’assumer la responsabilité d’aider les 10 000 évacués à la recherche de secours et de refuges.

Un responsable du ministère de l’Intérieur, Laine Pierre Raymond, est également critique à l’égard de son gouvernement qui le taxe d’inactif. Le gouvernement se défend en invoquant le travail de reconstruction incessant auquel il est confronté et de sa dépendance face à l’aide internationale.

Les États-Unis, si prompts à évincer Jean-Bertrand Aristide du pouvoir, en 2004, sont pour le moins discrets face au désastre et les 1,4 milliard de dollars promis à la suite de l’ouragan Jeanne, survenu également en 2004, se font toujours attendre. D’où proviendra l’aide maintenant?

La déforestation est en bonne partie responsable de la vulnérabilité d’Haïti face aux tempêtes tropicales, la population utilisant les arbres pour le chauffage et la cuisson des aliments, laissant le sol en proie à l’érosion.

République dominicaine, Cuba et Mexique

Pays touristique fort populaire, surtout auprès des Québécois, la République dominicaine déplore 67 000 sans abris. Cependant, des ponts aériens ont été établis avec des pays donateurs afin de faire parvenir aux populations affectées les produits de première nécessité dont elles ont besoin.

Le phénomène de déforestation ne touche pas la République mais l’escarpement des montagnes, lors de fortes pluies, drainent, jusqu’à ce qu’elles débordent, les rivières en bordure desquelles vivent plusieurs personnes.

À Cuba, 30 000 personnes ont été évacuées à la suite des inondations qui ont aussi emportées de nombreux tronçons de routes. Le vice-président Carlos Lage affirme toutefois que la situation demeure sous contrôle pour le moment et tient informé, bien évidemment, le président hospitalisé Fidel Castro.

Au Mexique, ce n’est pas à cause de Noël mais en raison de pluies diluviennes que les états de Tabasco et du Chiapas gisent sous les flots et que deux millions de personnes subissent le pire désastre naturel des dernières années dans ce pays, selon le président Felipe Calderon. Là aussi la grogne s’est installée face à la lenteur de l’aide d’urgence.

Les images provenant de l’état de Tabasco, riche en pétrole, ne sont pas sans rappeler les prises de vue saisies lors de l’ouragan Katrina en 2005 à la Nouvelle-Orléans avec ses milliers de personnes arc-boutées à des embarcations de fortune, d’autres nageant dans des eaux nauséabondes, d’autres encore attendant du secours sur les toits de ce qui reste de leurs demeures ou de celles des voisins…

La situation d’urgence prévaut à la grandeur du pays pour venir en aide à la population de Tabasco aux prises avec de nombreux cas de choléra ou d’hépatite A. Le président Calderon a, bien sûr, annulé tous ses déplacements afin de superviser le travail des équipes de sauvetages en provenance de tous les coins du Mexique et de l’extérieur du pays. Mais, d’évidence, les ressources internes ne suffisent pas à la tâche.

L’aide internationale ne sait plus où donner de la tête en Amérique centrale et dans les Antilles, en autant qu’elle se manifeste.

Ah! Pour ces parias de la famille humaine,
Qui, lourdement chargés de leur fardeau de peine,
Ont monté jusqu’au bout l’échelle de douleur,
Que votre cœur touché vienne donner l’obole…


Octave Crémazie (Les morts)

vendredi 2 novembre 2007

Californie et Floride Bush une catastrophe pour les désastres et les assurances soignent leur image


Les foyers d’incendie sont maintenant maîtrisés dans les banlieues qui s’étendent de Los Angeles à San Diego. Enfin! S’il y a des centaines de millions de dollars de perte, dans le sillage de ces feux, c’est que les propriétés incendiées valaient chacune des dizaines de millions $.

Au désastre des dernières semaines dans le sud californien, s’ajoute maintenant une nouvelle pitoyable. L’un des incendies serait d’origine criminelle et son auteur un jeune garçon. Les risques de feux de broussailles, à la fin d’un été californien, sont déjà suffisamment élevés sans qu’y contribue un ou des incendiaires inconscients de l’ampleur des dégâts qui peuvent survenir.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la Californie a vu débarquer à sa rescousse le président des États-Unis lui-même, George W. Bush. Et quelle réception devait-on lui réserver! Le lieutenant-gouverneur de l’état, John Garamendi, apprenant l’arrivée de son président dans quelques heures, déclarait que cette visite était d’abord et avant tout une « opération de relations publiques »; avant d’ajouter : « Franchement, je doute de la valeur de la visite du président ici… Combien de fois est-il allé à New York ou à la Nouvelle-Orléans pour lancer des promesses qui n’ont pas toujours été remplies? Nous avons le Terminator ici, le gouverneur Swarzenegger, qui fait du bon travail… »

Et les journalistes, qui ne sont jamais en reste, ont tenté de faire une comparaison entre l’attitude laconique du président, lors de Katrina à l’été 2005, et sa relative célérité de cette année. « Les historiens, de répliquer M. Bush, auront amplement le temps de se pencher là-dessus, de comparer telle situation avec telle autre. » De la grande esquive!

Il convient d’avouer que la feuille de route de M. Bush face aux désastres est plutôt catastrophique. En apprenant la tragédie du World Trade Center, en septembre 2001, le président poursuivait tout bonnement sa visite d’une maternelle avant d’aller se terrer dans un refuge des forces armées, laissant le maire de la métropole seul à la conduite politique des opérations.

Dans le cas de Katrina, l’ouragan qui a dévasté le sud de la Louisiane il y a deux ans, le président avait tardé, non seulement à se rendre sur les lieux, mais encore à décréter l’état d’urgence. Une fois ce geste posé, l’un de ses amis, à la tête de la FEMA, les services d’aide d’urgence à la population sinistrée, tergiversait à un point tel que l’aide n’est parvenue que très tard et au compte-gouttes pour ne s’attirer que des critiques.

Aujourd’hui encore, plus de 170 plaintes de corruption et de pots de vin visant des officiels de l’état de la Louisiane sont devant les tribunaux.

L’ouragan Wilma, qui a ravagé le sud-est de la Floride, en octobre 2005, n’a même pas réussi à faire se déplacer le président pas plus qu’à l’inciter à décréter l’état d’urgence.

Les assurances se rachètent et Allstate lâche

Les sinistrés californiens, au plus fort des feux dévastateurs, ont reçu la visite de leurs compagnies d’assurances. De très nombreux règlements sont effectivement intervenus avant même que les flammes soient éteintes. Un rendement supérieur à ce qui s’est déroulé dans le cas de la Floride après le 24 octobre 2005.

L’une des compagnies d’assurance très présente dans les zones touchées par les ouragans de 2005, Allstate, décidait, peu après ces calamités qui lui ont coûté 1,5 milliard $ en indemnités, de lâcher ses assurés résidentiels pour se concentrer sur l’automobile ce qui lui vaut, aux dernières nouvelles, des profits records de 5 milliards $ au troisième trimestre du présent exercice financier.

Par ailleurs, de nombreux sinistrés de Wilma sont toujours sans logis ou en attente de règlements de la part de leur compagnie d’assurance. Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles, les responsables municipaux du milieu de l’habitation estiment à plusieurs douzaines le nombre d’édifices toujours inhabitables. Ceux-ci se retrouvent principalement dans les municipalités de Lauderhill, Lauderdale Lakes, Tamarac et dans le secteur ouest de Delray Beach.

Plusieurs personnes font toujours face à des paiements de loyers sans pouvoir y habiter ou avec des versements de frais mensuels ou de contributions spéciales pour des condos toujours non réparés.

À la tragédie collective, que représente le passage d’un ouragan ou d’un incendie dévastateur, s’ajoute des centaines de tragédies individuelles qui se traduisent par des dépressions, des séparations, des faillites… des rêves brisés quoi.

Quelle assurance avons-nous que demain nous serons à l’abri de l’indifférence généralisée si le ciel nous tombe sur la tête? On a beau payer ses primes rubis sur l’ongle, quand vient le moment, après un malheur, de réclamer son dû, on passe du mauvais côté du miroir. Heureusement qu’on est entre bonnes mains!

Les heures couleront à la lampe de l’attente
Le jour rejoindra les eaux de ma prière
Je ne sais si tu viendras
Comme le premier soleil à la mort de la nuit

Fernand Dumont (Qu’importe le limon)

mercredi 31 octobre 2007

Au Québec: identité, commission, politique; commission, identité, politique; politique, commission, identité…


Qui n’a pas un jour rêvé d’assister au festival western d’Hérouxville en Mauricie? Pourtant, ça vaut le détour car Hérouxville illustre la profondeur abyssale de certains villages québécois. Il y a aussi Lamarche au Lac Saint-Jean où les Français sont exécrés.

À Hérouxville, donc, un génial conseiller municipal a imaginé un « code de vie » original qui interdit, entre autres choses, la lapidation et l’excision. Le conseiller André Drouin a omis (volontairement?) la lobotomie, ce qui lui permettrait peut-être de recouvrer la raison.

C’est l’élaboration de ce code de vie, qui s’ajoutait à un certain nombre de demandes d’accommodements formulées par quelques membres de groupes religieux, qui a permis à Mario Dumont d’entreprendre la course à la négation de l’autre, de céder le relais à un Jean Charest paniqué par l’ampleur du débat et qui n’a rien trouvé de plus courageux que de s’en décharger sur le dos d’une commission. Cette commission sera finalement appelée à trancher une question politique, l’identité québécoise, à la place des responsables politiques. Ponce Pilate a bien des émules.

L’identité selon Marois

Pauline Marois et le Parti québécois ont pris le taureau par les cornes et ont élaboré un projet de loi sur l’identité québécoise. Réaction de Dumont: horreur! Cachez ce sein que je ne saurais voir. Et Charest, ne voulant pas être en reste face au chef de l’ADQ, dépêche au créneau la porte-parole de la Commission des droits de la personne qui affirme que le projet de loi veut interdire l’éligibilité des nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas le français. Ce n’est pas ce que dit le projet de loi qui parle de l’acquisition de la citoyenneté qui mène à l’éligibilité.

Cette commission, normalement, prend connaissance d’un problème qui lui est soumis, en analyse les tenants et aboutissants et, quelques mois, dans certains cas, quelques années plus tard, rend son jugement sur la question.

Ici, pas de tataouinage. Le bureau du premier ministre a appelé, passé sa commande et subito presto voilà la réaction de la commission. Le tout sans avoir entendu les parties en cause et leur argumentation. Si ce n’est pas de la justice expéditive, qu’est-ce que c’est?

Une autre commission prend le pas sur le politique. Et, dans cette ornière si bien tracée viennent s’enfiler les B’nai Brith et l’Association des manufacturiers et exportateurs, deux groupes marqués d’un esprit notoire de progrès social.

Que dit au juste le projet de loi Marois au sujet de l’identité et de la citoyenneté québécoise? Qu’une commission soit mise sur pied pour proposer une constitution; que la Charte des droits prévoit que, pour obtenir la citoyenneté québécoise, il faille posséder une connaissance appropriée de la langue française; que toute personne ayant sa citoyenneté québécoise soit éligible, puisse financer un parti politique et adresser des pétitions; que toute personne ait droit à l’apprentissage de la langue française; que les diverses modalités de la Charte de la langue française s’appliquent aux entreprises qui comptent au moins 10 salariés au lieu de commencer là où il y en a 50 comme c’est le cas présentement; que le droit d’enseigner soit acquis après la réussite d’un examen attestant de la maîtrise du français; que le régime pédagogique s’attache à l’histoire du Québec, à l’apprentissage et la maîtrise la langue et à la valorisation de la culture québécoise.

La connaissance du français est le préalable à la citoyenneté qui est le préalable à l’éligibilité.

C’est vrai que c’est scandaleux tout ça, ça pourrait donner l’impression qu’on vit dans un état qui nous ressemble. En fait, ce qui est le plus incroyable, c’est que ça ne prévoit pas s’appliquer aux Québécoises et Québécois « de souche » qui pourraient devoir apprendre le français avant de passer à l’assaut des tribunes téléphoniques.

Mais pour B’nai Brith, c’est xénophobe et c’est une réglementation qui minera la rentabilité des PME, selon les manufacturiers. Analyses approfondies.

Un trait caractéristique de l’identité québécoise : savoir gouverner sans le faire. Qu’est-ce qu’on deviendrait s’il n’y avait pas de commissions?

Il vous arrange les mots comme si c’étaient de simples chansons
Et dans ses yeux on peut lire son espiègle plaisir
À voir que sous les mots il déplace toutes choses
Et qu’il en agit avec les montagnes
Comme s’il les possédait en propre.
Il met la chambre à l’envers et vraiment l’on ne s’y reconnaît plus
Comme si c’était un plaisir de berner les gens.


Saint-Denys Garneau (Le jeu)

lundi 29 octobre 2007

Amérique: jamais deux sans trois?


Amérique
Jamais deux sans trois?

Après le Chili, c’est au tour de l’Argentine d’élire une femme à la présidence du pays, les Sud-américains défiant ainsi leur solide réputation de machistes en tous genres. Cristina Fernández de Kirchner succèdera de la sorte à son conjoint, le président sortant, Néstor Kirchner.

Cette ascension des femmes vers le pouvoir au sein de deux pays d’Amérique du sud aux prises avec les reliquats des années dictatoriales de Pinochet, au Chili, et des généraux Videla, Viola et Galtieri, en Argentine démontre à la face du monde que l’histoire et les peuples ne sont pas amnésiques.

Au Chili de Michelle Bachelet, bien que le dictateur Pinochet soit décédé tout en demeurant impuni des crimes odieux commis sous sa gouverne, sa famille hérite des conséquences de ses exactions. De fait, sa veuve, Verónica Pinochet Hiriart, et ses cinq enfants sont confinés à résidence depuis près d’un mois sous des accusations de corruption, de détournement de fonds de l’état et de blanchiment d’argent. Vingt-trois autres membres de familles de militaires de l’entourage de Pinochet sont également visés par ces accusations.

Ce sont 27 millions $ qui sont en jeu, bien que des observateurs bien au fait de la situation, évaluent les sommes dérobées par Pinochet et son entourage atteindraient 100 millions $ et auraient transité par la Riggs Bank de Washington, vendue en 2005.

Cependant, juste retour des choses, en plus du fait que le dossier Pinochet soit toujours actif après sa mort, l’accession à la présidence de la première femme à la tête du pays, marque également une profitable stabilité économique qui se traduit, cette année, par des surplus dans les coffres gouvernementaux. Le débat, dans un Chili rétabli de la situation désastreuse dans laquelle l’avait laissé les années Pinochet, porte maintenant sur la manière dont le gouvernement Bachelet disposera de ces surplus qui proviennent en bonne partie de la production de cuivre dont les prix mondiaux sont à la hausse.

Une Argentine sur les rails

En prenant la relève de son conjoint, Cristina Fernández hérite d’un pays qui s’est rétabli sur le plan politique et économique.

Néstor Kirchner, péroniste de tradition et militant de gauche de conviction, en accédant à la présidence, en 2003, a impulsé à son pays un vigoureux rebond des principaux indicateurs économiques. Cette séquence suivait deux années de dramatique effondrement financier.

Bien qu’il se présente sous un jour péroniste, Perón ayant joué à la fois du populisme et de la répression, les droits de la personne sont demeurés une priorité pour Kirchner qui a notamment parrainé la création d’un musée dans l’École de mécanique de la marine, où fonctionnait l’un des plus importants camps clandestins de détention et de torture pendant la dictature militaire (1976-1983). En 1977, la Commission argentine des droits de la personne à Genève évaluait à 2 300 les assassinats politiques, à quelque 10 000 les arrestations et de 20 000 à 30 000 le nombre de personnes disparues.

L’arrivée de Cristina Fernández en Argentine et la saine administration de Michelle Bachelet au Chili, ouvriront-elles la voie politique à une Hillary Rodham Clinton qui aspire la présidence de son pays? Et la présence de ses femmes progressistes permettra-t-elle de briser le mythe selon lequel les femmes dans le monde politique épousent trop souvent des positions conservatrices?

Et d’autres feuilles vivent
Parmi la clarté vive,
Dansantes dans le vent
Qui fait vibrer l’arbre mouvant
Comme des lyres, autour des nids fervents.


Edouard Chauvin (Semblables aux filles…)

vendredi 26 octobre 2007

Floride : les Républicains débattent à droite, un Guatémaltèque se débat pour ses droits


Le titre de candidat à la présidence est loin d’être acquis dans le camp républicain, même si l’ex-maire de New York, Rudolph Giuliani, détient une certaine avance sur ses sept adversaires après le débat d’Orlando en Floride qui s’est déroulé dimanche dernier.

Sauf que pour conserver ce mince avantage dans la course, Giuliani doit courtiser, malgré ses évidentes réticences, la droite conservatrice. Et ses adversaires ne cessent de comparer ses valeurs à celles défendues par Hillary Rodham Clinton qui leur apparaît comme l’adversaire à abattre à mesure que progresse dans le camp démocrate la course à l’investiture.

L’ex-maire de la Big Apple, devant le Family Research Council, la semaine dernière, donnait l’assurance que, malgré son appui au droit à l’avortement, il ferait en sorte que leur nombre diminue. En outre, a-t-il ajouté, il nommera des juges d’obédience conservatrice, appuiera le libre choix à l’école et mènera les États-Unis à la victoire en Irak. « Ma foi en Dieu et ma confiance dans sa sagesse est au centre de ce que je suis. N’est-il pas mieux que j’affirme mes croyances au lieu de changer d’opinion selon la direction du vent? »

Un fait demeure, et le débat d’Orlando l’a démontré, les Républicains sont divisés, fortement divisés, et le seul ancrage qui les retient à la fragile plateforme qu’ils défendent est la menace que représente Hillary Clinton, dont le spectre du populaire conjoint, vient hanter leurs nuits perturbées.

La division est si profonde au sein du parti républicain que des observateurs n’écartent pas la possibilité de voir surgir un troisième parti à droite de l’échiquier politique américain, ce qui viendrait amoindrir davantage les chances des Républicains.

La Floride, demeure un état baromètre important, le président Bush lui devant sa victoire de l’an 2000 grâce à la courte avance qui il y a enregistrée.

Giuliani demeure le favori des Républicains floridiens. Les fonds récoltés auprès de son électorat le démontre : Giuliani a amassé, jusqu’ici, près de 950 K $. Le plus près de ses adversaires est Mitt Romney, ancien gouverneur du Massassuchetts, avec près de 700 K $.

Mais en Floride, ce sont les Démocrates qui ratissent le plus, Hillary Clinton ayant recueilli près de 1,5 million $ et Barrack Obama près de 800 K $.

Il veut son butin

Pendant que les candidats démocrates et républicains à la présidence des États-Unis comptabilisent leurs centaines de milliers ou de millions de dollars pour se propulser vers la Maison blanche, un ex-laveur de vaisselle courent après les 49 000 $ qu’il a grappillés de peine et de misère pendant 10 ans.

Pedro Zapeta est un immigrant guatémaltèque sans papiers qui a trimé dans les restos du comté de Stuart en économisant sou par sou jusqu’à ce qu’il se retrouve avec un magot de 59 000 $. Il y a deux ans, M. Zapeta décide de retourner dans son pays avec son argent en poche.

Mal lui en prit. Les agents des douanes de l’aéroport de Fort Lauderdale ne l’entendent pas ainsi. M. Zapeta déclare la somme d’argent qu’il a en sa possession. Rien d’illégal à ce stade. Sauf que, il lui aurait fallu remplir un formulaire à l’effet qu’il avait plus de 10 000 $ en liquide.

Dans sa sagesse, un juge de district lui a permis de conserver les 10 000 $ autorisés, mais a saisi les 49 000 $ restants à titre d’amende civile. La cause a été portée en appel à Atlanta. Mais le temps presse, M. Zapeta doit se conformer, au plus tard en janvier, à un avis de déportation puisqu’il séjourne illégalement aux États-Unis. Pendant ces 10 années vécues aux USA, il a dûment payé taxes et impôts sur les 12 000 $ à 15 000 $ qu’il touchait annuellement.

La riche Amérique n’a que faire des pauvres qui l’entourent. La loi c’est la loi et son ignorance est impardonnable même s’il n’y a que quelques lignes d’un formulaire qui vous sépare de son respect.

Ma voix vibre et tremble
Dans le monde vide.
Ah! Que le monde est sourd,
Ah! Que ma voix tremble.


Anne Hébert (Ballade d’un enfant qui va mourir)

mercredi 24 octobre 2007

Le cœur a ses raisins, que le raisin ne reconnaît point


Le retour de l’automne marque le temps des vendanges. Et les vendanges sont la manifestation de quelques visionnaires qui s’entêtent à donner au Québec une production viticole qui se bonifie d’année en année, au prix d’efforts et de sacrifices sans aucune commune mesure avec les retombées financières qu’ils en récoltent.

Ces vignobles s’appellent l’Orpailleur, les Coteaux blancs, le Domaine du Ridge, le Marathonien, le Mérou, le Cep d’argent et ainsi de suite. Ils récoltent des dizaines de milliers de kilos de raisins chaque année, les pressent, en extraient le jus, le font fermenter, le mettent en bouteille et attendent que les amateurs s’aperçoivent qu’eux et leurs vins (blancs, rouges, rosés, de glace) existent. Ce sont des gens qui ont le cœur aux raisins. La problématique est semblable pour les producteurs de cidre ou d’hydromel.

Un organisme dispose de tous les moyens pour résoudre les difficultés de mise en marché auxquelles se heurtent ces producteurs artisanaux : la Société des alcools du Québec (SAQ). Tentez l’expérience de rechercher un vin régional dans une succursale de la SAQ de la Montérégie ou de l’Estrie. Vous y parviendrez peut-être mais ce sera parce que le directeur de l’endroit aura multiplié les interventions auprès de ses supérieurs pour leur trouver un emplacement intéressant, sous la pression du milieu.

La province de l’Ontario produit également de nombreux crus, certains plus heureux que d’autres… Enfin, la Liquor Control Board of Ontario (LCBO) déploie suffisamment d’énergie et d’espace dans ses succursales pour que 40 pour cent des bouteilles qu’elle vend proviennent de la production viticole locale. Du côté québécois, société distincte quand elle s’en donne la peine, on dénombre un minime 0,4 pour cent des ventes sous l’étiquette production viticole autochtone.

Et que répondent les responsables de la SAQ quand le problème leur est soumis? La LCBO est mandatée pour faire la promotion des alcools ontariens; au Québec, la SAQ a un mandat de détaillant seulement. Or, dans les ouvrages traitant de commerce au détail, ce qui se nomme marketing-mix s’attache à quatre notions : le produit, la promotion, la distribution et le prix. Ainsi, les dirigeants de la SAQ n’ignorent que la promotion dans la mission qui incombe à l’organisme.

Personne à la direction de la SAQ ne s’est jamais penché sur la question pour en déduire que ce serait peut-être une bonne idée de promouvoir les produits du Québec, sans que le gouvernement en donne l’ordre. Quel sens de l’initiative! Quand Wall-Mart est capable d’une politique « québécoise » d’achat, c’est impossible pour la SAQ?

Aborder la question de la promotion des produits viticoles du Québec sous le seul angle du mandat dévolu à l’organisme de détail des produits alcoolisés relève d’une approche bureaucratique maladive qui freine la productivité si chère aux lucides. De toute évidence, dès qu’on organisme atteint une certaine taille, qu’il soit gouvernemental, patronal, syndical, de service public ou autre, la bureaucratie y fait son nid, y multiplie les règles et impose sa loi, même à l’encontre de toute logique.

Les « réglementaristes » ou concepteurs de règles ignorent la réalité du terrain pour prescrire la démarche à suivre pour que rien ne dépasse du cadre bureaucratique esquissé à la force du poignet contre des résistants qui se fondent sur un empirisme vraiment méprisable puisqu’orienté vers la vie quotidienne. Ce paradigme ne peut souffrir d’exceptions, celles-ci risquent de remettre en question un système maintenant compris par la chaîne décisionnelle. Hors de ces règles point de salut.

Titre d’un prochain ouvrage sur la bureaucratie : ces raisins qui nous gouvernent ou les raisins de la colère?

La SAQ commandite toutefois une émission télévisée à TVA au titre original de « Tchin, tchin » qui fait la promotion (oups! il semblait que ce n’était pas dans le mandat) des produits payants en vente dans les succursales de la société. Ça, c’est de l’heureuse initiative! Parce que ça paie!

La direction de la SAQ voudrait susciter un mouvement favorable à la privatisation de ses activités qu’elle ne saurait mieux s’y prendre et les candidats à la relève seraient légion.

Dans un théâtre de verre
Fidèle à son geste de plâtre
Il joue le pas
D’une robe
Arrêtée


Cécile Cloutier (Mains de sable)

lundi 22 octobre 2007

Bolivie : rapprochement avec l’Iran, ONU hors USA, ex-ministre poursuivi et saisie d’un aéroport


La Bolivie du président Evo Morales vit des moments singuliers et énigmatiques.

Le président bolivien a profité de la visite controversée du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à l’assemblée générale de l’Organisation des nations unies (ONU) à New York, pour l’inviter à lui rendre visite dans son pays, voulant de la sorte démontrer qu’il fait partie du club des pays riches en ressources énergétiques qui sont opposés aux États-Unis et à leur politique extérieure.

Déjà dans le collimateur du département d’État américain, en raison des liens étroits qu’il entretient avec le président cubain, Fidel Castro et son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, Evo Morales semble s’ingénier à provoquer George W. Bush pour qui les mots Irak, Iran, Castro, Chavez sont non seulement honnis, mais bannis de son vocabulaire sauf pour les vilipender un à un ou ensemble.

L’objectif de cette rencontre irano-bolivienne, affirme le gouvernement bolivien, se limite au rétablissement de relations diplomatiques entre les deux pays et à la signature d’accords commerciaux. Mais cela est déjà trop pour un gouvernement américain tenant, plus que jamais, de la doctrine Monroe qui veut que l’Amérique du Sud demeure la cour-arrière des États-Unis où ne viennent jouer que les nations qui y sont invitées.

Délocaliser l’ONU

Dans son discours prononcé devant l’assemblée générale de l’ONU, le président Morales a suggéré la « délocalisation » de l’organisation internationale dont le siège est à New York. Les propos du président, rapportés par le journal La Razón de La Paz, découlaient des difficultés rencontrées par les membres de sa délégation à obtenir des visas. « Mes ministres indiens, affirme Morales, sont soumis à des contrôles heure par heure et certains d’entre nous ont subi des menaces du maître de maison, le président Bush… Je pense que nous, les présidents, les nations, devons penser à déplacer le siège des Nations unies. »

Un coup de fil au maire Gérald Tremblay de Montréal qui a des projets pour l’ONU.

Tout pour détendre l’atmosphère avec Washington.

Ex-ministre poursuivi

Des accusations de crimes contre l’humanité, déposées au Maryland et en Floride, visent l’ex-président et l’ex-ministre de la Défense de la Bolivie qui auraient, selon ces poursuites, provoqué la mort de 67 personnes, dont des enfants, lors d’émeutes survenues il y a quatre ans.

Carlos Sanchez-Berzain, ex-ministre de la Défense, se dit heureux de ces accusations qui lui permettront de faire éclater la vérité. De fait, M. Sanchez-Berzain impute les faits survenus au président Morales qui, à l’époque, était, selon lui, à la tête des planteurs de coca et des chefs syndicaux qui menaient la rébellion anti-gouvernementale. Le mouvement, d’après l’ex-ministre, s’inspirait de l’idéologie cubaine et était même financée par le gouvernement vénézuélien.

« Je suis un réfugié politique, poursuit le politicien, persécuté par l’actuel gouvernement bolivien. » Sanchez-Berzain vit maintenant à Pinecrest en Floride.

Les mêmes accusations ont aussi été déposées dans l’état du Maryland à l’endroit de l’ex-président du pays, Gonzálo Sanchez de Lozada, qui impute lui aussi la responsabilité des événements à l’actuel président.

Saisie d’un aéroport

Le principal aéroport de Bolivie, situé à Santa Cruz, est passé aux mains des résidants de cette localité qui réclament des compagnies aériennes qu’elles leur versent directement les droits d’atterrissage et de décollage, plutôt que de les remettre aux autorités gouvernementales.

Armée et police militaire ont été dépêchées sur les lieux pour redonner le contrôle des lieux à l’administration des installations aéroportuaires, en vain. Les habitants du lieu ont résisté aux soldats et policiers qui n’ont pu faire fléchir la résistance.

La région de Santa Cruz, financièrement plus à l’aise que les autres du pays, réclame davantage d’autonomie du gouvernement central avec, à sa tête, le président local Rubén Costas qui incite les résidants à poursuivre leur action.

Le président Morales semble, pour le moment, décider à se rendre aux exigences régionales afin d’éviter un affrontement. La région de Santa Cruz s’est opposée systématiquement aux politiques gouvernementales de nationalisation et de redistribution des richesses envers les populations démunies du pays.

Un président sud-américain indomptable qui se permet de vouloir punir des crimes commis dans son pays et qui défie le dirigeant de la plus forte armée du monde, ça mérite peut-être une bonne leçon.

La saisie de l’aéroport donne une impression de déjà vu alors qu’un président chilien, démocratiquement élu, s’est buté, en 1973, à une grève générale des camionneurs, et surtout des employeurs de ces camionneurs, qui a affaibli le pays au point de rendre possible un coup d’état, fomenté par la Central Intelligence Agency (CIA) américaine. Si, effectivement, on assiste à un scénario inspiré du drame chilien, on ne peut dire que l’imagination est à l’honneur à Langley, Virginie.

Je suis Caïn, je suis Judas, je suis tout homme
Qui frappe son semblable et fait périr son Dieu;
Je suis le déicide et le frère envieux.
Des crimes des humains j’ai fait en moi la somme.


Gustave Lamarche (Refugium peccatorum)