lundi 3 décembre 2007

Hémisphère sud La constitution idéale


Hugo Chávez aura raté son rendez-vous avec les modifications constitutionnelles qu’il envisageait pour son pays afin de réaliser ce qu’il appelle « le socialisme du 21ème siècle ». Ce revers référendaire demeure tout de même une surprise puisque le président du Venezuela a connu, cinq fois d’affilée, des victoires lorsqu’il a recouru au verdict populaire depuis son élection en 1998. Hugo Chávez peut toutefois demeurer en fonction jusqu’en 2013.

Cette impulsion constitutionnelle suscitée par le président vénézuélien s’est rapidement propagée chez les pays voisins et plus loin jusque dans les Caraïbes et les Antilles. Les réformes constitutionnelles, règle générale, sont loin de soulever les passions. Or, à observer ce qui se déroule dans l’hémisphère sud, la constitution est quand même un sujet de débat, voire d’affrontement.

S’il se trouve des pays, comme le Canada, par exemple, qui font des pieds et des mains pour éviter d’aborder cet aspect de la vie nationale, d’autres y trouvent ou souhaitent y découvrir une source de renouvellement, de rajeunissement des institutions en place, du comportement adéquat à adopter pour y recourir, tout en visant l’assainissement des mœurs politiques.

La constitution d’un pays regroupe l’ensemble des textes fondamentaux qui donnent la forme du gouvernement, établit et règle les rapports entre gouvernants et gouvernés et détermine l’organisation des pouvoirs publics. Voilà la définition générale donnée à ce document qui, une fois adopté, génère ou bien la crainte des gouvernements en place d’y toucher ou la possibilité de procéder à une mise à jour des règles à appliquer pour s’ajuster aux aspirations de l’électorat.

Les gouvernements étrangers, souvent méfiants, y voient parfois une manigance du gouvernement en place pour s’accaparer davantage de pouvoirs, comme les États-Unis et leurs alliés de Colombie et du Pérou l’ont martelé tout au long de la campagne menée par Chávez.

Le Chili et la Colombie ont récemment amendé leur constitution respective visant à modifier les règles concernant les mandats présidentiels. À Santiago, le mandat du président sera dorénavant de quatre ans au lieu de six. À Bogotá, le président peut maintenant déclencher des élections à ce poste sans devoir respecter la durée complète de son mandat.

La Bolivie, l’Équateur, Trinidad et Tobago et Haïti se penchent également sur la loi fondamentale de leur pays.

Les présidents de la Bolivie et de l’Équateur, Evo Morales et Rafael Correa, ne cachent pas leurs sympathies à l’endroit du président Chávez du Venezuela et leur intention d’amender la constitution de leur pays est perçue chez leurs critiques (lire les États-Unis, la Colombie et le Pérou, notamment) comme une volonté manifeste d’accroître leur pouvoir personnel sur la vie politique de leur pays.

Le gouvernement de Trinidad et Tobago souhaite modifier le système présidentiel en vigueur, alors que le gouvernement haïtien aspire à une constitution qui apporte plus de stabilité économique et un rempart contre la violence qui secoue le pays.

Droits de la personne

Les pays sud-américains ayant vécu le joug de régimes militaires ont procédé à des réformes constitutionnelles dès la disparition des bruits de bottes afin, entre autres, de veiller à la protection légale des personnes. Ce fut le cas des amendements adoptés au Brésil (14), au Chili (7) et en Colombie (11).

Qu’est-ce qui explique la tendance observée de modifier ainsi les constitutions en vigueur dans les pays équatoriaux? Selon les analystes : l’impatience grandissante des populations à l’endroit de régimes politiques qui tardent à offrir un meilleur niveau de vie.

Le directeur de l’Organisation des états américains (OEA), José Miguel Insulza, affirme, pour sa part, que les peuples concernés « croient plus que jamais en la démocratie, mais ils souhaitent une démocratie qui règle leurs problèmes… Derrière l’instabilité d’aujourd’hui repose des années de négligence. »

Il demeure que des modifications apportées à un document, si sacré soit-il, ne sauraient fournir l’assurance d’une vie meilleure pour le plus grand nombre sans la volonté politique d’y parvenir, non plus que d’empêcher des changements d’orientation si cette même volonté se manifeste.

Une bonne constitution est celle qui reçoit l’aval de toutes les parties concernées. Que se passe-t-il au Canada?

Nul ne mettra de terme à l’œuvre commencée;
Et des siècles nombreux devant lui passeront:
Sisyphe, sans faiblir, poursuivra sa pensée…
Car une flamme ardente auréole son front.


Jean Charbonneau (Sisyphe)

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