lundi 22 octobre 2007

Bolivie : rapprochement avec l’Iran, ONU hors USA, ex-ministre poursuivi et saisie d’un aéroport


La Bolivie du président Evo Morales vit des moments singuliers et énigmatiques.

Le président bolivien a profité de la visite controversée du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à l’assemblée générale de l’Organisation des nations unies (ONU) à New York, pour l’inviter à lui rendre visite dans son pays, voulant de la sorte démontrer qu’il fait partie du club des pays riches en ressources énergétiques qui sont opposés aux États-Unis et à leur politique extérieure.

Déjà dans le collimateur du département d’État américain, en raison des liens étroits qu’il entretient avec le président cubain, Fidel Castro et son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, Evo Morales semble s’ingénier à provoquer George W. Bush pour qui les mots Irak, Iran, Castro, Chavez sont non seulement honnis, mais bannis de son vocabulaire sauf pour les vilipender un à un ou ensemble.

L’objectif de cette rencontre irano-bolivienne, affirme le gouvernement bolivien, se limite au rétablissement de relations diplomatiques entre les deux pays et à la signature d’accords commerciaux. Mais cela est déjà trop pour un gouvernement américain tenant, plus que jamais, de la doctrine Monroe qui veut que l’Amérique du Sud demeure la cour-arrière des États-Unis où ne viennent jouer que les nations qui y sont invitées.

Délocaliser l’ONU

Dans son discours prononcé devant l’assemblée générale de l’ONU, le président Morales a suggéré la « délocalisation » de l’organisation internationale dont le siège est à New York. Les propos du président, rapportés par le journal La Razón de La Paz, découlaient des difficultés rencontrées par les membres de sa délégation à obtenir des visas. « Mes ministres indiens, affirme Morales, sont soumis à des contrôles heure par heure et certains d’entre nous ont subi des menaces du maître de maison, le président Bush… Je pense que nous, les présidents, les nations, devons penser à déplacer le siège des Nations unies. »

Un coup de fil au maire Gérald Tremblay de Montréal qui a des projets pour l’ONU.

Tout pour détendre l’atmosphère avec Washington.

Ex-ministre poursuivi

Des accusations de crimes contre l’humanité, déposées au Maryland et en Floride, visent l’ex-président et l’ex-ministre de la Défense de la Bolivie qui auraient, selon ces poursuites, provoqué la mort de 67 personnes, dont des enfants, lors d’émeutes survenues il y a quatre ans.

Carlos Sanchez-Berzain, ex-ministre de la Défense, se dit heureux de ces accusations qui lui permettront de faire éclater la vérité. De fait, M. Sanchez-Berzain impute les faits survenus au président Morales qui, à l’époque, était, selon lui, à la tête des planteurs de coca et des chefs syndicaux qui menaient la rébellion anti-gouvernementale. Le mouvement, d’après l’ex-ministre, s’inspirait de l’idéologie cubaine et était même financée par le gouvernement vénézuélien.

« Je suis un réfugié politique, poursuit le politicien, persécuté par l’actuel gouvernement bolivien. » Sanchez-Berzain vit maintenant à Pinecrest en Floride.

Les mêmes accusations ont aussi été déposées dans l’état du Maryland à l’endroit de l’ex-président du pays, Gonzálo Sanchez de Lozada, qui impute lui aussi la responsabilité des événements à l’actuel président.

Saisie d’un aéroport

Le principal aéroport de Bolivie, situé à Santa Cruz, est passé aux mains des résidants de cette localité qui réclament des compagnies aériennes qu’elles leur versent directement les droits d’atterrissage et de décollage, plutôt que de les remettre aux autorités gouvernementales.

Armée et police militaire ont été dépêchées sur les lieux pour redonner le contrôle des lieux à l’administration des installations aéroportuaires, en vain. Les habitants du lieu ont résisté aux soldats et policiers qui n’ont pu faire fléchir la résistance.

La région de Santa Cruz, financièrement plus à l’aise que les autres du pays, réclame davantage d’autonomie du gouvernement central avec, à sa tête, le président local Rubén Costas qui incite les résidants à poursuivre leur action.

Le président Morales semble, pour le moment, décider à se rendre aux exigences régionales afin d’éviter un affrontement. La région de Santa Cruz s’est opposée systématiquement aux politiques gouvernementales de nationalisation et de redistribution des richesses envers les populations démunies du pays.

Un président sud-américain indomptable qui se permet de vouloir punir des crimes commis dans son pays et qui défie le dirigeant de la plus forte armée du monde, ça mérite peut-être une bonne leçon.

La saisie de l’aéroport donne une impression de déjà vu alors qu’un président chilien, démocratiquement élu, s’est buté, en 1973, à une grève générale des camionneurs, et surtout des employeurs de ces camionneurs, qui a affaibli le pays au point de rendre possible un coup d’état, fomenté par la Central Intelligence Agency (CIA) américaine. Si, effectivement, on assiste à un scénario inspiré du drame chilien, on ne peut dire que l’imagination est à l’honneur à Langley, Virginie.

Je suis Caïn, je suis Judas, je suis tout homme
Qui frappe son semblable et fait périr son Dieu;
Je suis le déicide et le frère envieux.
Des crimes des humains j’ai fait en moi la somme.


Gustave Lamarche (Refugium peccatorum)

Aucun commentaire: